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Poésie, proverbes et citations Recueil de poèmes, citations et proverbes. A partager et à discuter.

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Vieux 14/09/2008, 13h08
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samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom samsam a une réputation au-delà de tout renom
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

LE CYPRÈS S’EST BRISÉ
Le cyprès n’est pas l’arbre mais le chagrin
de l’arbre ; il n’a pas d’ombre car il
n’est que l’ombre de l’arbre.

BASSÂM HAJJÂR
Le cyprès s’est brisé comme un minaret
et il s’est endormi
en chemin sur l’ascèse de son ombre,
vert, sombre,
pareil à lui-même. Tout le monde est sauf.
Les voitures
sont passées, rapides, sur ses branches.
La poussière a recouvert
les vitres … Le cyprès s’est brisé mais
la colombe n’a pas quitté son nid déclaré
dans la maison voisine.
Deux oiseaux migrateurs ont survolé
ses environs et échangé quelques symboles.
Une femme a dit à sa voisine :
Dis, as-tu vu passer une tempête ?
Elle répondit : Non, ni un bulldozer …
Le cyprès s’est brisé. Les passants sur ses débris ont dit :
Il en a eu assez d’être négligé,
il a sans doute vieilli
car il est grand
comme une girafe,
aussi vide de sens qu’un balai
et il n’ombrage pas les amoureux.
Un enfant a dit : Je le dessinais parfaitement,
sa silhouette est facile. Une fillette a dit :
Le ciel est incomplet
aujourd’hui que le cyprès s’est brisé.
Une jeune homme a dit :
Le ciel est complet
aujourd'hui que le cyprès s’est brisé.
Et moi, je me suis dit :
Nul mystère,
le cyprès s’est brisé, un point c’est tout.
Le cyprès s’est brisé !
- - - - - -

RIEN NE ME PLAÎT

Rien ne me plaît,
dit le passager de l’autobus, ni la radio
ni les journaux du matin,
ni les fortins sur les collines.
J’ai envie de pleurer.
Le conducteur dit : Attends le prochain arrêt
et pleure seul tout ton saoul.
Une dame dit : Moi non plus. Moi non plus,
rien ne me plaît. J’ai guidé mon fils
jusqu’à ma tombe.
Elle lui a plu et il s’y est endormi
sans me dire adieu.
L’universitaire dit : Moi non plus, rien
ne me plaît. J’ai fait des études d’archéologie mais
je n’ai pas trouvé mon identité dans les pierres.
Suis-je vraiment moi ?
Un soldat dit : Moi non plus. Moi non plus,
rien ne me plaît. J’assiège sans cesse un fantôme
qui m’assiège.
Le conducteur dit, énervé : Nous approchons
notre dernière station, préparez-vous
à descendre …
Mais ils crient :
Nous voulons l’après-dernière station,
roule !
Quant à moi, je dis : Dépose-moi là. Comme eux,
rien ne me plaît,
mais je suis las de voyager.
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Vieux 14/09/2008, 13h10
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

IL NOUS MANQUAIT UN PRESENT
Partons tels que nous sommes :
Une dame libre
Et son ami fidèle.
Partons ensemble dans deux chemins.
Partons tels que nous sommes, unis
Et séparés.
Rien ne nous fait mal,
Ni le divorce des colombes
Ni le vent autour de l’église …
Ou le froid au creux des mains.
Les amandiers n’ont pas assez fleuri.
Souris et ils fleuriront encore
Entre les papillons de tes fossettes.

Sous peu nous aurons un autre présent.
Retourne-toi, tu ne verras
Qu’exil, derrière toi :
Ta chambre à coucher,
Le saule de la place,
Le fleuve derrière les immeubles de verre
Et le café de nos rendez-vous … tous, tous
Prêts à se muer en exil.
Soyons donc bons !

(…)

Partons, tels que nous sommes :
Une femme libre
Et son ami fidèle
Partons tels que nous sommes.
De Babylone, nous sommes venus
Avec le vent
Et vers Babylone, nous marchons …
Mon voyage n’était pas suffisant
Pour que, sur ma trace, les pins
Se changent en mots de louanges du lieu méridional.
Nous sommes bons ici. Vent du nord,
Notre vent, et méridionales, les chansons.
Suis-je une autre toi ?
Et toi, un autre moi ?
Ce n’est pas mon chemin à la terre de ma liberté,
Mon chemin à mon corps
Et moi, je ne serai pas moi à deux fois
Maintenant que mon passé a pris la place de mon lendemain,
Que je me suis scindée en deux femmes.
Je ne suis ni orientale
Ni occidentale
Et je ne suis pas un olivier qui a ombragé deux versets.
Partons donc.
" Pas de solutions collectives aux obsessions personnelles. "
Il ne suffisait pas d’être ensemble
Pour être ensemble …
Il nous manquait un présent pour voir
Où nous étions. Partons tels que nous sommes,
Une femme libre
Et son vieil ami.
Partons ensemble dans deux chemins.
Partons ensemble
Et soyons bons …

CIEL BAS
C’est un amour qui va sur ses pieds de soie,
Heureux de son exil dans les rues.
Un amour petit et pauvre que mouille une pluie de passage
Et il déborde sur les passants :
Mes présents sont plus abondants que moi.
Mangez mon blé,
Buvez mon vin,
Car mon ciel repose sur mes épaules et ma terre vous appartient …

As-tu humé le sang du jasmin indivis
Et pensé à moi ?
Attendu en ma compagnie un oiseau à la queue verte
Et qui n’a pas de nom ?

C’est un amour pauvre qui fixe le fleuve
Et il s’abandonne aux évocations : Où cours-tu ainsi,
Jument de l’eau ?
Sous peu, la mer t’absorbera.
Va lentement vers ta mort choisie,
Jument de l’eau !

(…)

C’est un amour qui passe par nous
Sans que nous y prenions garde.
Et il ne sait et nous ne savons
Pourquoi une rose dans un vieux mur nous disperse,
Pourquoi une jeune fille en pleurs à l’arrêt d’un bus,
Croque une pomme et pleure encore et rit :
Ce n’est rien, rien qu’une
Abeille qui vient de traverser mon sang …

C’est un amour pauvre qui contemple
Longtemps les passants et prend
Le plus jeune pour lune : Tu as besoin
D’un ciel moins élevé.
Sois mon ami et tu pourras contenir
L’égoïsme de deux êtres qui ne savent
A qui offrir leurs fleurs …
Il parlait peut-être de moi, peut-être
De nous, mais nous ne le savions pas.

C’est un amour …
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Vieux 14/09/2008, 13h11
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

DEUX FAONS JUMEAUX
Au soir, sur les taches de lumière entre tes
Seins, hier et demain s’approchent de moi.
J’ai été créé ainsi qu’il convient au poème d’exister …
La nuit naît sous ta couverture et l’ombre
Est perplexe ici et là-bas,
Entre tes rives et les mots qui nous ont ramenés à leur timbre :
" J’ai posé ma droite sur ta chevelure,
Ma gauche sur les deux faons jumeaux d’une biche
Et nous avons marché vers notre nuit particulière … "
Es-tu réellement là ? Suis-je plutôt
Un amant précédent venu aux nouvelles de son passé ?
Dors sur ton âme paisible entre
Les fleurs des draps. Dors, une main posée sur ma poitrine
Et l’autre sur le duvet qui poussera aux petits
Des mouettes. Dors ainsi qu’il convient au jardin
Alentour, de dormir … Nous nous sommes emplis d’un hier,
Emplis de l’obsession d’une guitare qui n’a pas de lit.
Cette … passion qui déchire les pétales de roses
Epars autour de l’enclos. Dors
Sur ma respiration, souffle second, avant qu’hier
N’ouvre ma fenêtre sur ses deux battants. Je n’ai pas d’oiseau
National ni d’arbres nationaux ni de fleur
Dans le jardin de ton exil. Mais – et mon vin
Voyage comme moi – je partagerai avec toi hier et demain.
Sans toi, sans la bruine qui scintille dans les taches
De lumière entre tes seins, ma langue aurait dévié
De sa féminité. O combien, moi et ta mère la poésie
Et tes deux petits, nous sommeillons sur les faons jumeaux d’une biche !


JE N’AI ATTENDU PERSONNE
Je saurai, quoique tu partes avec le vent, comment
Te ramener. Je sais d’où vient ton lointain.
Pars donc ainsi que les souvenirs vers leur puits
Eternel, tu n’y trouveras pas la Sumérienne portant une jarre
Pour l’écho et t’attendant.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Pars donc derrière les flûtes des vieux peuples de la mer et
La caravane du sel dans son périple infini. Et pars,
Ton chant s’échappe de moi, de toi et de mon temps.
Il cherche un nouveau cheval qui fasse danser sa cadence
Libre. Tu ne trouveras pas l’impossible assis t’attendant, comme au jour où
Je t’ai trouvé, où je t’ai enfanté de mon désir.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Et j’irai avec le fleuve d’un destin à
Un autre, car la lune est prête pour te déraciner
De ma lune et sur mes arbres, les paroles dernières sont prêtes
A tomber place du Trocadéro. Retourne-toi
Pour trouver le rêve et pars
Dans n’importe quel orient ou occident qui te lestent encore d’exil
Et m’éloignent d’un pas de mon lit et de l’un
Des ciels de mon âme triste. La fin
Est sœur du commencement. Pars et tu trouveras ce que tu as laissé
Ici, t’attendant. Je ne t’ai pas attendu et je n’ai attendu personne.
Mais je devais, comme toutes les femmes solitaires
Dans leurs nuits, coiffer mes cheveux
Lentement, gérer mes affaires, briser
Sur le marbre, le flacon d’eau de Cologne et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même, l’hiver.
Comme si je lui disais : Réchauffe-moi
Et je te réchaufferai, ô mon épouse, et prends soin de tes mains.
Que leur importe la descente du ciel sur terre
Ou le voyage de la terre au ciel ?
Prends soin de tes mains, qu’elles te portent – tes mains sont tes maîtresses, disait Eluard … – Pars
Je te veux et ne te veux point
Je ne t’ai pas attendu, je n’ai attendu personne
Mais je devais verser le vin
Dans deux coupes brisées et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même en t’attendant !
__________________
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  #19 (permalink)  
Vieux 14/09/2008, 13h13
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

JE VOIS MON OMBRE QUI S’AVANCE DE LOIN
Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux
J’ouvre sur mes amis qui apportent le courrier du soir
Du pain, du vin, quelques romans
Et, des microsillons

J’ouvre sur des mouettes et des camions de soldats
Qui changent les arbres de ce lieu

J’ouvre sur le chien de mon voisin émigré
Il y a un an et demi, du Canada

J’ouvre sur Abou al-Tayyib al-Mutanabbi
Parti de Tibériade vers l’Egypte
Sur le cheval du chant

J’ouvre sur la rose de Perse qui grimpe
La clôture de fer

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sue ce que je veux

(…)

J’ouvre sur ma langue après deux jours
Un peu d’absence suffit
Et Eschyle ouvrira la porte à la paix
Un bref discours
Et Antoine embrasera la guerre
Et me suffit
La main d’une femme dans la mienne
Pour que j’enlace ma liberté
Et que le sac et le ressac reprennent dans mon corps

Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux

J’ouvre sur mon ombre
Qui s’avance
De
Loin

LA NUIT DU HIBOU
C’est un présent que le passé ne rejoint pas
Arrivés à la limite des arbres, nous avons réalisé que nous n’étions plus capables d’attention
Et nous retournant vers les camions, nous avons vu l’absence
Empiler ses objets choisis et dresser
Sa tente éternelle autour de nous

C’est un présent que le passé ne rejoint pas
Le fil de soie coule des mûriers
Lettres sur le cahier de la nuit. Seuls
Les papillons éclairent notre hardiesse à descendre dans la fosse des mots étranges
Cet homme de peine était-il mon père ?
Je parviendrai peut-être à me tirer d’affaire
A naître de moi-même
A choisir pour mon nom des lettres verticales

(…)

C’est un présent qui passe
Ici, les étrangers ont suspendu leurs fusils aux branches d’un olivier
Apprêté un dîner rapide de boîtes métalliques
Puis ils se sont élancés vers les camions


L’ÉTERNITÉ DU FIGUIER DE BARBARIE
- Où me mènes-tu père ?
- En direction du vent, mon enfant

A la sortie de la plaine où les soldats de Bonaparte édifièrent une butte
Pour épier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D’Acre
Un père dit à son fils : N’aie pas peur
N’aie pas peur du sifflement des balles
Adhère à la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons
Gravirons une montagne au nord, et rentrerons
Lorsque les soldats reviendront à leurs parents au lointain

- Qui habitera notre maison après nous, père ?
- Elle restera telle que nous l’avons laissée mon enfant

Il palpa sa clé comme s’il palpait ses membres et s’apaisa
Franchissant une barrière de ronces, il dit
Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifièrent ton père deux nuits durant sur les épines d’un figuier de Barbarie
Mais jamais ton père n’avoua. Tu grandiras
Et raconteras à ceux qui hériteront des fusils
Le dit du sang versé sur le fer

- Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
- Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants

L’éternité ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit
Les loups des landes aboient à une lune apeurée
Et un père dit à son fils
Sois fort comme ton grand-père
Grimpe à mes côtés la dernière colline des chênes
Et souviens-toi. Ici le janissaire est tombé de sa mule de guerre
Tiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous

- Quand donc, mon père ?
- Dans un jour ou deux, mon fils

Derrière eux, un lendemain étourdi mâchait le vent dans les longues nuits hivernales
Et les hommes de Josué bin Noun édifiaient leur citadelle
Des pierres de leur maison
Haletants sur la route du Cana, il dit : Ici
Passa un jour Notre Seigneur. Ici
Il changea l’eau en vin puis parla longuement de l’amour
Souviens-toi des châteaux croisés
Anéantis par l’herbe d’avril, après le départ des soldats
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Vieux 14/09/2008, 13h14
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

TELLE LA LETTRE NOUN DANS LA SOURATE DU RAHMN
Dans l’oliveraie, à l’est des sources
Mon grand-père s’est replié sur son ombre abandonnée
Aucune herbe légendaire n’y a poussé
Et le nuage des lilas
Ne s’est pas répandu sur la scène

La terre est vêtement brodé à l’aiguille du sumac dans son rêve brisé
Mon grand-père a bondi de son sommeil
Pour arracher les mauvaises herbes de sa vigne
Ensevelie sous la rue noire

Il m’a enseigné le Coran dans le jardin de myrte, à l’est du puits
D’Adam nous venons et d’Eve
Dans l’Eden de l’oubli
Grand-père ! Je suis le dernier des vivants dans le désert. Montons

Entourant son nom nu de gardiens
La mer et le désert ne connaissaient
Ni mon grand-père, ni ses fils
Debout désormais, autour du noun
Dans la sourate de Rahman
Dieu, sois témoin !

Quant à lui
Né de lui-même
Enterré en lui-même près du feu
Qu’il donne au griffon de qu’il faut de secret consumé
Pour illuminer le temple


DISPOSITONS POÉTIQUES
Les étoiles n’avaient qu’un rôle :
M’apprendre à lire
J’ai une langue dans le ciel
Et sur terre, j’ai une langue
Qui suis-je ? Qui suis-je ?

Je ne veux pas répondre ici
Une étoile pourrait tomber sur son image
La forêt des châtaigniers, me porter de nuit
Vers la voie lactée, et dire
Tu vas demeurer là

Le poème est en haut, et il peut
M’enseigner ce qu’il désire
Ouvrir la fenêtre par exemple
Gérer ma maison entre les légendes
Et il peut m’épouser. Un temps

Et mon père est en bas
Il porte un olivier vieux de mille ans
Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident
Il se reposer peut-être des conquérants
Se penche légèrement sur moi
Et me cueille des iris

Le poème s’éloigne
Il pénètre un port de marins qui aiment le vin
Ils ne reviennent jamais à une femme
Et ne gardent regrets, ni nostalgie
Pour quoi que ce soit

Je ne suis pas encore mort d’amour
Mais une mère qui voit le regard de son fils
Dans les œillets, craint qu’il ne blessent le vase
Puis elle pleure pour conjurer l’accident
Et me soustraire aux périls
Que je vive, ici là

Le poème est dans l’entre-deux
Et il peut, des seins d’une jeune fille, éclairer les nuits
D’une pomme, éclairer deux corps
Et par le cri d’un gardénia
Restituer une patrie

Le poème est entre mes mains, et il peut
Gérer les légendes par le travail manuel
Mais j’ai égaré mon âme
Lorsque j’ai trouvé le poème
Et je lui ai demandé
Qui suis-je ?
Qui suis-je ?
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Vieux 14/09/2008, 13h18
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

ET LA TERRE SE TRANSMET COMME LA LANGUE
Ils sont rentrés

Au terme du long tunnel à leurs miroirs, et rentrés

Quand solitaires ou rassemblés, ont retrouvé le sel de leurs frères et délaissé

Les légendes de la défense des places pour l’ordinaire des mots

Ils ne lèveront plus s’ils veulent, mains ou bannières aux miracles

Ils sont rentrés célébrer l’eau de leur existence, et ordonner cet éther

Marier leurs fils à leurs filles, faire danser un corps dans le marbre estompé

Suspendre à leurs plafonds tresses d’oignons, cornes grecques et ail pour l’hiver

Traire les pis de leurs chèvres et nuages qui ont coulé des livrées des colombes

Ils sont rentrés aux confins de leur obsession, à la géographie de la magie divine

Au tapis de feuilles de bananier dans la terre des tracés anciens

Le dernier train s’est arrêté
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole.
Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu.
Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne dans la cohue.
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai, et personne
Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs de la pénombre
Où laisserai-je ma dernière description de ce qui m’est advenu comme corps ?
Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ?
Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes se sont envolées, envolées
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai … et personne.

Quand les martyrs vont dormir
Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges funèbres.
Je leur souhaite " bonne patrie ", de nuages et d’arbres, de mirages et d’eau.
Je les félicite d’avoir échappé à l’accident de l’impossible, à la plus-value de la boucherie.
Je vole du temps afin qu’ils me volent au temps. Sommes-nous tous des martyrs ?
Et je murmure : ô mes amis, laissez un seul mur pour les cordes à linge, une nuit pour les chansons.
Je suspendrai vos noms où bon vous semble, mais dormez un peu, dormez sur l’échelle de la vigne acide.
Que je protège vos rêves des poignards de vos gardiens et du revirement du Livre contre les prophètes.
Soyez l’hymne de celui qui n’a pas d’hymne lorsque vous irez dormir ce soir.
Je vous souhaite " bonne patrie " montée sur un coursier au galop
Et je murmure : ô mes amis, vous ne serez pas comme nous : corde d’une obscure potence !

Pour la première fois, il voit la mer
Pour la première fois, il voit la mer, de l’intérieur
Notre bateau transporte la terre ferme, lui cherchant des havres.
Nous défendions le devoir des mots et le talon d’Achille.
Nous poursuivions ce périple vers le commencement. Qui arrêtera la mer pour que nous trouvions le commencement sur son rivage ?
Le romancier d’entre nous tirait le bateau en arrière, voulant retourner à la voix de Beyrouth : ne partez pas ! Il écrivait un nouveau chapitre sur les miracle, et son meurtrier.
Et, quand il eut fini de le rédiger, les héros de son histoire se sont mis à jouer.
Ils ont pissé sur lui, pissé sur Babel
Pour qu’il voie la mer, de l’intérieur,
Et porte le fardeau de la parole sur ses épaules.

BLOCUS POUR PANÉGYRIQUES DE LA MER

S’envolent les colombes
S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Prépare-moi la terre, que je me repose
Car je t’aime jusqu’à l’épuisement
Ton matin est un fruit offert aux chansons
Et ce soir est d’or
Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans le marbre
Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends
Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des nuages
Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin
L’origine de l’espèce des vagues quand elles s’agrippent au rivage
Et s’expatrient
Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin

S’envolent les colombes
Se posent les colombes

Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre
Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante
Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se dérober à notre vue
Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour protéger la rêve de ce qu’il voit
J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre
De mes propres mains je choisis nos jours
Comme il m’a choisi la rose de la table
Dors, ô mon aimé
Que la voix des murs monte à mes genoux
Dors, mon aimé
Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine envieuse
Dors, mon aimé
Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix

J’ai vu le pont
L’Andalousie de l’amour et du sixième sens
Sur une larme désespérée
Elle lui a remis son cœur
Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas
Il me coûte mon amour
Puis la lune s’est endormie
Sur une bague qui se brisait
Et les colombes se sont envolées
L’obscurité s’est posée
Sur le pont et les amants

S’envolent les colombes
S’envolent les colombes
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

Passants parmi des paroles passagères
1.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
que vous ne saurez pas
comment les pierres de notre terre
bâtissent le toit du ciel

2.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses des martyrs
à nous de vivre comme nous le voulons.

3.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
comme la poussière amère, passez où vous voulez
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants
Nous avons à faire dans notre terre
nous avons à cultiver le blé
à l’abreuver de la rosée de nos corps
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici
pierres et perdrix
Alors, portez le passé, si vous le voulez
au marché des antiquités
et restituez le squelette à la huppe
sur un plateau de porcelaine
Nous avons ce qui ne vous agrée pas
nous avons l’avenir
et nous avons à faire dans notre pays

4.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez
rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or
ou au battement musical du revolver
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez
Nous avons ce qui n’est pas à vous :
une patrie qui saigne, un peuple qui saigne
une patrie utile à l’oubli et au souvenir

5.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
il est temps que vous partiez
et que vous vous fixiez où bon vous semble
mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
que vous mouriez où bon vous semble
mais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre terre
ici, nous avons le passé
la voix inaugurale de la vie
et nous y avons le présent, le présent et l’avenir
nous y avons l’ici-bas et l’au-delà
Alors, sortez de notre terre
de notre terre ferme, de notre mer
de notre blé, de notre sel, de notre blessure
de toute chose, sortez
des souvenirs de la mémoire
ô vous qui passez parmi les paroles passagères

UN AMOUREUX DE PALESTINE (1966)
A ma mère
je me languis du pain de ma père
du café de ma mère
des caresses de ma mère
jour après jour
l’enfance grandit en moi
j’aime mon âge
car si je meurs
j’aurai honte des larmes de ma mère

si un jour je reviens
fais de moi un pendentif à tes cils
recouvre mes os avec de l’herbe
qui se sera purifiée à l’eau bénite de tes chevilles
attache moi avec une natte de tes cheveux
avec un fil de la traîne de ta robe
peut-être deviendrai-je un dieu
oui un dieu
si je parviens à toucher le fond de ton cœur

si je reviens
mets-moi ainsi qu’une brassée de bois dans ton four
fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison
car je ne peux plus me lever
quand tu ne fais pas ta prière du jour

j’ai vieilli
rends-moi la constellation de l’enfance
que je puisse emprunter avec les petits oiseaux
la voie du retour
au nid de ton attente
FIN DE LA NUIT (1967)

L’Impossible
je meurs d’espoir
d’embrasement je meurs
Je meurs pendu
égorgé je meurs
mais je ne dis point :
Notre amour est fini et mort
Non
notre amour est impérissable
__________________
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Vieux 14/09/2008, 13h23
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

LES OISEAUX MEURENT EN GALILEE (1970)

Pluie douce en un automne lointain
pluie douce en un automne lointain
les oiseaux sont bleus, bleus
la terre en fête
Ne dis pas : Je suis un nuage suspendu sur le port
car je ne veux
de mon pays tombé de la fenêtre du train
que le mouchoir brodé de ma mère
et les raisons d’une mort nouvelle

pluie douce en un automne étrange
les fenêtres sont blanches, blanches
le soleil, un verger vespéral
et moi
je suis une orange spoliée
Pourquoi donc t’évades-tu de mon corps
alors que je ne veux
du pays des couteaux et du rossignol
que le mouchoir brodé de ma mère
et les raisons d’une mort nouvelle ?

pluie douce en un automne triste
les rendez-vous sont verts, verts
et le soleil argile
Ne dis pas : Nous t’avons vu quand le jasmin fut piétiné
vendant la mort et les calmants
ma face était nuit
ma mort un embryon
et moi je ne veux
de mon pays qui a oublié le langage des absents
que le mouchoir brodé de ma mère
et les raisons d’une mort nouvelle

pluie douce en un automne lointain
les oiseaux sont bleus, bleus
la terre en fête
les oiseaux se sont envolés vers un temps irrévocables
veux-tu malgré tout connaître mon pays
et ce qui nous unit ?
- mon pays est une jouissance dans les chaînes
- mon baiser fut envoyé par le courrier
et je ne veux
de mon pays qui m’a tranché la gorge
que le mouchoir brodé de ma mère
et les raisons d’une mort nouvelle
- - - -
Les oiseaux meurent en Galilée
- nous nous verrons tout à l’heure
dans un an
deux ans
une génération
et elle jeta dans son appareil photo
vingt jardins
et les oiseaux de Galilée
puis elle partit chercher, par-delà la mer
un nouveau sens à la vérité
- ma patrie, une corde à linge
pour les broderies du sang versé
je me suis étendu sur la plage
sables … et palmiers

Elle ne le sait pas
- O Rita ! Nous t’avons livré, la mort et moi
le secret de la joie flétrie au poste de douane
et nous nous sommes renouvelés, la mort et moi
dans ton front originel
et à la fenêtre de ta maison
Nous sommes deux faces, la mort et moi
Pourquoi fuis-tu mon visage à présent
pourquoi fuis-tu ?
pourquoi fuis-tu à présent
ce qui transforme le blé en cils de la terre, ce qui
fait du volcan l’autre face du jasmin
pourquoi fuis-tu ?

dans la nuit, seul son silence m’épuisait
lorsqu’il parvenait jusqu’à la porte
comme la rue, comme le vieux quartier
Que ta volonté soit faite – ô Rita –
que le silence se fasse pioche
encadrement d’étoiles
ou climat pour la gestation de l’arbre
je sirote le baiser
à même la lame des couteaux
viens, faisons notre adhésion au carnage

les nuées d’oiseaux
s’abattirent comme des feuilles superflues
dans les puits du temps
et moi j’arrachais les ailes bleues
O Rita
je suis la stèle de la tombe qui grandit
les chaînes
gravent dans ma peau
le profil de la patrie

Rita, aime-moi
Chaque soirée, nous cachons dans Athènes
une lune et une chanson. Nous donnons refuge au jasmin
les balcons nous ont dit :
Ne viendront
ni son offrande
si ses vœux
ni les routes ne deviendront maîtresses de nostalgie
dors ! Ici, les limiers sont partout
autant que des oliviers, les limiers sont partout
lâchés dans Athènes

dans mon rêve, je te rejoins en imagination
tu t’éloignes de moi
tu querelles la terre
tu t’illumines telle une aube lyrique
alors que mes mains sont dans les fers
Mon centhour s’éloigne comme ton corps
dans les cantilènes du chanteur
Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes
fleure le jasmin
que meurent les désirs du prisonnier

dans mon rêve, les yeux noirs s’élargissent
les chaînes tremblent
la nuit démissionne
le poème fuse
porté par son imagination terrienne
l’imagination le pousse en avant, en avant
avec la violence des ailes de certitude
et je te vois, t’éloignant de moi
Ah, t’approchant de moi
vers de nouvelles divinités
et mes mains sont dans les chaînes
mais je caresse toujours les cordes de mon centhour lointain
je provoque ton corps
la Grèce renaît
les chansons se répandent
les oliviers retrouvent leur verdure
ostensiblement, l’éclair traverse mon pays
deux amants découvrent l’enfance
Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes
fleure le jasmin
que meurent les tristesses du prisonnier
__________________
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Vieux 14/09/2008, 13h25
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

MA BIEN-AIMÉE SE REVEILLE

Chroniques de la douleur palestinienne
1.
qu’avons-nous besoin du souvenir
le Carmel est en nous
et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée
Ne dis pas : Que ne courions-nous comme un fleuve pour le rejoindre
nous sommes dans la chair de notre pays
il est en nous

2.
nous n’étions pas avant Juin des nouveau-nés
c’est pourquoi notre passion
ne s’est pas émietté dans les chaînes
Cela fait vingt ans, ô ma sœur,
que nous n’écrivons pas de poèmes
mais que nous combattons

3.
cette ombre qui se noie dans tes yeux
est un diable divin
venu de Juin
pour ceindre de soleil tous les fronts
C’est le teint d’un martyr
le goût d’une prière
Elle fait mourir ou ressusciter
doux dilemme !



le nuage d’été que la défaite porte sur son dos
a suspendu l’engeance des rois
sur la corde des mirages
Et je suis l’assassiné, le ressuscité dans la nuit du cime
Voilà que mes racines
s'affermissent dans la terre


Voici venir le moment
où je dois traduire les paroles en actes
Voici venir le moment
où je dois prouver mon amour
à la terre et aux alouettes
En ces temps, la trique massacre la guitare
et moi
je pâlis dans le miroir
depuis qu’un arbre s’est levé derrière moi

T’AIMER OU NE PAS T’AIMER (1972)

Encore une fois
encore une fois
les assassins dorment
sous ma peau
et la potence devient
drapeau
ou
épi
dans le ciel de la forêt en flammes

l’ombre a détaché ses mains de mon front
et nous nous sommes cachés en plein midi

encore une fois
le militaire passe
sous ma peau
encore une fois
il enterre mes lèvres
dans les rides de l’hymne national
L’ombre a détaché ses mains de mon front
et nous nous sommes cachés en plein midi

encore une fois
les martyrs s’échappent
des chansons des poètes
encore une fois
nous sommes descendus de nos croix
et nous n’avons trouvé nulle terre
et nous n’avons aperçu nul ciel
L’ombre a détaché ses mains de mon front
et nous nous sommes cachés en plein midi

encore une fois
nous nous sommes unis
l’assassin, moi et la mort recommencée
ma liberté est devenue un fardeau
à mon cœur
ses yeux sous l’exil et la patrie
encore une fois
l’eau se perd dans les nuages
et nous sommes appelés au Jihad !

l’ombre a détaché ses mains de mon front
et nous nous sommes cachés en plein midi

En plein midi
ils l’ont tuée
à ma place
et ne m’ont pas arrêté
encore une fois
car les assassins
sont sous ma peau
__________________
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Vieux 14/09/2008, 13h28
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

ESSAI NUMERO 7

La sortie du littoral méditerranéen
1.
torrent d’arbres dans ma poitrine
me voici, me voici
marchez dans les artères de mon bras
vous parviendrez

Gaza ne célèbre pas la prière lorsque les blessures
s'illuminent au-dessus de ses minarets
le matin se déplace vers ses ports
et le trépas y mûrit

me voici, me voici
mon cœur est potable, buvez
marchez dans les artères de mon bras
vous parviendrez
Gaza ne vend pas les oranges, son sang en conserve
je fuyais ses rues
écrivais avec son nom ma mort sur un sycomore
elle devenait une dame, me concevait, futur homme libre

louange à celle qui a ramené mes jugulaires à ses mains
me voici, me voici
Gaza ne célèbre pas la prière
je n’ai trouvé personne sur ma blessure, sauf sa petite bouche
le littoral méditerranéen a traversé l’éternité

2.
ne m’arrêtez pas dans mon hémorragie
l’heure de nativité a imité le temps et m’a essayé
j’étais difficile. Elle m’a essayé
j’étais peuple. Elle m’a essayé une fois encore
je vois une rangée de martyrs s’élancer vers moi, puis se cacher dans ma poitrine et prendre feu

le temps ne les a pas massacrés, mon cadavre est illimité.
Mais je sens comme si toutes les batailles des Arabes avaient pris fin dans mon cadavre, j’aurais voulu que les jours se déchirent dans ma chair et que le temps me tourne le dos pour que les martyrs s’apaisent dans ma poitrine et se réconcilient

il y a encore de le place pour eux, mon cadavre est illimité, mais le Califat a fortifié les murailles de la ville par la défaite, et la défaite a donné un deuxième souffle au Califat
ne m’arrêtez pas dans mon hémorragie
l’heure de nativité a imité le temps et m’a essayé
j’étais difficile. Elle m’a essayé une fois encore
je vois une rangée de martyrs s’élancer vers moi
personne !
(…)
9.
A Gaza, le temps divergea d’avec l’espace
et les poissonniers ont vendu l’unique occasion de l’espoir afin de me laver les pieds
où est Marie-Madeleine ?
ses doigts ont fondu avec le savon
et s’écoulèrent comme écritures
les soldats pavoisaient, pavoisaient
récitaient sa prière
fouaillaient les ongles des pieds et des mains à la recherche d’une joie fedayi
ils reliaient sa vie aux larmes d’Agar. Le désert était assis sur ma peau. Et la première larme sur terre fut une larme arabe.
Vous souvient-il des larmes d’Agar – La première femme à pleurer lors d’un exode interminable
O Agar, réjouis-toi de mon nouvel exode
je me dresse depuis la pénombre du caveau jusqu’aux étoiles
les martyrs habitent ma poitrine affranchie
je soulève à bout de bras les tombes et le littoral méditerranéen
réjouis-toi de mon nouvel exode
Le poème de la terre
1.
au mois de mars, en l’an du soulèvement, la terre nous révéla ses secrets sanglants. Au mois de mars, cinq filles passèrent devant les violettes et le fusil. Elles s’arrêtèrent devant la porte d’une école et s’enflammèrent ainsi que les roses et le thym du terroir. Elles inaugurèrent le chant de la terre. Elles entrèrent dans l’étreinte ultime – Mars vient sur terre du ventre de la terre et de la danse des filles – Les violettes se penchèrent légèrement pour laisser passer la voix des filles. Les oiseaux tendirent leurs becs en direction du chant
et de mon cœur
je suis la terre
tu es la terre
Khadija !Ne ferme pas ta porte
ne rentre pas dans l’absence
nous les chasserons du pot de fleurs et de la corde à linge
nous les chasserons des pierres de ce chemin si long
nous les chasserons de l’air de la Galilée
Au mois de mars, cinq filles passèrent devant les violettes et le fusil. Elle s’écroulèrent devant la porte d’une école. Sur les doigts, la craie prit une couleur d’oiseau. Au mois de mars, la terre nous révéla ses secrets sanglants


je bouleverse les appellations
la terre devient : prolongements de mon âme
mes mains : qui des blessures
les cailloux : ailes
les oiseaux : amandes et figues
mes côtes deviennent arbres
j’arrache une banche du figuier de ma poitrine
et je la lance comme une pierre
sur le char des conquérants

je suis l’espoir facile et hospitalier, m’a dit la terre,
l’herbe ressemblait à un salut au moment de l’aube
Ceci est la promesse d’une nouvelle vie derrière Khadija.
Ils ne m’ont pas semé pour me moissonner
l'air de la Galilée veut parler de moi, il s’assoupit chez Khadija. La gazelle de Galilée veut détruire aujourd’hui ma prison, elle surveille l’ombre de Khadija alors qu’elle se penche sur son feu
O Khadija ! J’ai vu, et j’ai cru en mes visions. Elle m’emporte vers son large et m’emporte dans sa passion. Je suis l’amant éternel – l’évident prisonnier. Les orangers adaptent ma verdure et deviennent l’obsession de Jaffa
Depuis que j’ai connu Khadija, je suis la terre
ils ne me connaissent pas pour pouvoir me tuer
les plantes de Galilée peuvent croître entre mes doigts et dessiner ce lieu écartelé entre mon ardeur et l’amour de Khadija
Ceci est la promesse d’une nouvelle vie depuis mars
jusqu'à la disparition de l’air sur terre
Cette glèbe est ma glèbe
ces nuages sont mes nuages
et ceci est le front de Khadija
Je suis l’amant éternel – l’évident prisonnier
l’odeur de la terre me réveille au petit jour
mes chaînes de métal la réveillent tôt le soir
Ceci est la promesse d’une nouvelle vie
Les partants vers la vie ne se préoccupent pas de leur âge
ils se préoccupent de la terre : s’est-elle levée
mon enfant la terre ?
t’ont-ils connue pour pouvoir t’égorger ?
t’ont-ils entravée, avec nos rêves pour que tu descendes rejoindre nos rêves en hiver ?
t’ont-ils connue pour pouvoir t’égorger ?
t’ont-ils entravée avec leurs fantasmes pour que tu te hisses jusqu’à nos rêves de printemps ?
Je suis la terre …
O vous qui êtes en quête du grain de blé dans son berceau
labourez mon corps
Vous qui allez à la montagne du feu
passez sur mon corps
Vous qui allez au rocher de Jérusalem
passez sur mon corps
O vous qui passez sur mon corps
vous ne passerez pas
je suis la terre dans un corps
vous ne passerez pas
je suis la terre qui s’éveille
vous ne passerez pas
je suis la terre. O passagers sur la terre qui s’éveille
vous ne passerez pas
vous ne passerez pas
vous ne passerez pas

LES SOUTERRAINS (1978)
poursuis donc ton chant en mon nom. Ai-je eu à choisir ma génitrice et ta voix Désert désert
et que la terre soit plus ample que sa forme ovale. Ces pigeons étrangers sont d’étranges pigeons. Ne doute pas de mon voyage éclair à Cordoue, de ma séparation d’avec les sables et les poètes anciens, d’avec l’arbre qui n’a point été femme
le commencement n’est pas le commencement. Mais la dernière fumée est nôtre
" et les rois quand ils entrent dans une cité la corrompent "
ne pleure pas le mur qui s’effondre, ô compagnon
ne doute pas de mon voyage éclair à Cordoue
et poursuis ton chant en mon nom. Ai-je eu à choisir ma génitrice et ta voix ? Désert désert
facile et difficile la sortie des pigeons du mur linguistique, comment nous rendrons-nous à la petite place aux orangers ? Comment resterons-nous dans le souterrain face au poème ?
Désert désert

traverser la rue qui explose
j’échappais à la mort
- Et je ne triomphais pas !
- Et je marcherai
- Où donc, ô mon compagnon ?
- Là où les pigeons se sont envolés, là où le blé a applaudi pour soutenir l’espace avec un épi dans l’attente
alors poursuis ton chant en mon nom
et ne pleure pas, ami, la corde de guitare perdue dans les souterrains

Ce n’est qu’une simple chanson
une simple chanson !
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Vieux 14/09/2008, 13h30
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

BEYROUTH (1981)

Le poème de Beyrouth

Une pomme à la mer. Narcisse de marbre. Papillon de pierre. Beyrouth.
La forme de l’âme dans le miroir
description de la première femme, parfum de nuages
Beyrouth de fatigue et d’or, d’Andalousie et de Syrie
argent natif. Ecume. Testament de la terre dans le plumage des colombes. Mort d’un épi. Errance d’une étoile entre moi et Beyrouth mon amour. Jamais auparavant je n’ai entendu mon sang prononcer le nom d’une amante profondément endormie sur mon sang
dans l’orage sur la mer, nos avons découvert le Nom, dans le goût de l’automne et des oranges des émigrants du Sud. Pareils à nos ancêtres, nous venons à Beyrouth pour venir à Beyrouth
d’une pluie, nous avons construit une baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l’argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave
comme si nous chantions subrepticement :
Beyrouth est notre tente
Beyrouth est notre étoile

une bombe passe. Nous entrons dans un bar à l’hôtel Commodore
- J’aime beaucoup le mutisme de Rimbaud
ou ses lettres inspirées par l’Afrique
- J’ai perdu Cavafis
- Pourquoi ?
- N’abandonne pas Alexandrie pour aller chercher autre chose, m’a-t-il dit
- Et j’ai trouvé Kafka endormi sous ma peau
C’était comme un cauchemar, le flic est dans notre tête
- Libérez-moi de moi-même
- Que vois-tu à l’horizon ?
- Un autre horizon
- Connais-tu tous les tués
- Et ceux qui vont naître
naîtront
sous les arbres
naîtront
sous la pluie
naîtront
de la pierre
naîtront
des éclats
naîtront
des miroirs
naîtront
des recoins
naîtront
des défaites
naîtront
des bagues
naîtront
des bourgeons
naîtront
du commencement
naîtront
de la légende
naîtront
sans fin
et ils naîtront, grandiront, seront tués
puis naîtront, naîtront et naîtront

Une pomme à la mer. Femme du sang pétri dans les arcs-en-ciel
damier de la parole
le reste de l’âme. Rosée en détresse
lune fracassée sur le parterre de la pénombre
Beyrouth. Hyacinthes tonitruantes de clarté sur le dos des pigeons
Nous les arborerons comme un rêve. Nous les arborerons quand nous le voudrons. Nous les mettrons à nos cous
Beyrouth lis des ruines
premier baiser. Eloge de l’eucalyptus. Manteaux pour la mer et les tués
toits sur les étoiles et les tentes
poème de la pierre. Collision entre deux alouettes dans une poitrine
ciel veuf assis tout pensif sur un rocher
fleur audible, Beyrouth. Voix de démarcation entre la victime et le glaive
enfant qui a renversé toutes les tables des lois
tous les miroirs
puis … s’est endormi.

RIEN QU’UNE AUTRE ANNÉE (1982)
mes amis les survivants d’entre vous me suffisent
pour que je vive encore une année
il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que j’aime vingt femmes
et trente villes
une année suffit pour que l’idée se pare
des plus beaux atours du lis
pour qu’une terre inconnue hante quelque fille
avec laquelle je partirai vers quelque mer
où elle me livrera sur ses genoux
la clé de tous les champs
Il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que je vive toute ma vie
d’une seule traite
en un seul baiser
en un seul coup de feu
qui abolira mes questions
et l’énigme de la confusion des temps
Mes amis, ne mourez pas comme vous avez pris l’habitude de mourir
je vous en conjure, ne mourez pas
accordez-moi une année
rien qu’une autre année
peut-être pourrions-nous terminer une discussion entamée
un voyage entamé
peut-être pourrions-nous changer les idées en allant faire quelques pas dans la rue
sans contrainte de temps ou de drapeaux
Avons-nous trahi quelqu’un
pour devoir appeler pays, chaque oiseau
écume, chaque terre hors de la blessure
pour que des arpèges nous fassent peur ?
peut-être pourrions-nous faire éviter à la langue
un sens qui n’était pas dans nos intentions
un chant que nous ne destinions guère
aux devins

il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que j’aime vingt femmes
et trente villes
pour que j’aille vers ma mère éplorée
et que je lui crie : Enfante-moi de nouveau
pour que je voie la rose depuis son commencement
et que j’aime l’amour depuis son commencement
jusqu’au terme du chant
Il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que je vive toute ma vie
d’une seule traite
en un seul baiser
en un seul coup de feu
qui abolira mes questions
Une autre année
rien qu’une autre année
une année !
__________________
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Vieux 14/09/2008, 13h34
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Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits)

Ahmad al Arabi
Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich
Composé et dirigé par Marcel Khalifé


depuis vingt ans il pose des questions
depuis vingt ans il voyage
pendant vingt ans sa mère l’a mis au monde
en quelques secondes
sous le bananier
avant de se retirer …
Il réclame une identité …
il est frappé par un volcan
les nuages ont voyagé et m’ont égaré
les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché
je suis Ahmad l’Arabe, a-t-il dit
je suis la balle l’orange la mémoire
j’ai trouvé mon âme près de mon âme
je me suis éloigné de la rosée et de la vue sur la mer
et moi le pays réincarné
je suis le départ continu vers le Pays
j’ai trouvé mon âme remplie de mon âme …

Ahmad a pris possession de ses côtes et de ses mains
Lui le pas … et l’étoile
et du Golfe à l’Océan
de l’Océan au Golfe
ils aiguisaient leurs lames
Ahmad l’Arabe
est monté pour voir Haïfa
et sauter.
A deux mains de pierre et de thym
je dédie ce chant … à Ahmad l’oublié entre deux papillons
les nuages ont passé et m’ont égaré
et les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché
Descendant de la blessure ancienne
… et l’année marquait la séparation de la mer
d’avec les villes de cendres …
j’étais seul
ô seul
Et Ahmad était l’exil de la mer entre
deux coups de feu
le camp grandissait donnant naissance à du thym
et à des combattants
le bras s’est raffermi dans l’oubli
la mémoire s’est exercée dans les trains qui s’en vont
sur les quais où il n’y a ni personne ni jasmin
la découverte de soi se faisait dans les voitures
ou sur la scène de la mer
dans la solidarité des nuits de prison
dans les courtes liaisons
et dans la recherche de la vérité

Dans toute chose Ahmad trouvait son contraire …
Ahmad est maintenant l’otage
la ville s’est dépêchée au devant de ses rues
pour venir le tuer
et de l’Océan au Golfe
et du Golfe à l’Océan
ils préparaient ses funérailles
et décidaient de la guillotine

Moi Ahmad l’Arabe – que soit le Siège ! –
mon corps sert de remparts – que soit le Siège ! –
je suis la frontière du feu, – que soit le Siège ! –
et moi je vous assiège à mon tour, je vous assiège
et ma poitrine servira de porte à tous – que soit le Siège ! –
Ce chant ne vient pas peindre Ahmad –
le bleu foncé dans la tranchée
je suis au-delà des souvenirs
Aujourd’hui est le jour du soleil
et de lys
ô enfant éparpillé entre deux fenêtres qui brouillent
mes messages,
résiste !
toute ressemblance est du sable
mais toi tu es bleu.

Je compte mes côtes :
le Barada s’échappe de mes mains
les berges du Nil m’abandonnent au loin
je cherche les limites de mes doigts
et toutes les capitales sont faites d’écume.
Ahmad frotte les heures dans la tranchée
Ce chant ne vient pas peindre Ahmad – le – brûlé en bleu
C’est Ahmad – le – cosmique dans ce réduit étroit
le déchiré le rêveur
il est la balle orange la violette de plomb
il est l’embrasement décisif d’un début d’après-midi
le jour de liberté.
ô enfant dédié à la rosée
résiste !
ô pays gravé sur mon sang
résiste !
maintenant je complète en toi mon chant
je rejoins ton siège
maintenant je complète en toi ma question
je nais de ta poussière
vs dans mon cœur
tu y trouveras mon peuple
devenu peuples multiples dans ton explosion.

Egaré dans les détails
je me suis fié à l’eau et me suis cassé
Faut-il que chaque fois qu’un coing soupire
j'oublie les limites de mon cœur
et me réfugie dans le siège pour affirmer mon identité
ô Ahmad l’Arabe !
L’amour ne m’a jamais menti
pourtant chaque fois que le soir est venu
je me suis retrouvé englouti dans une cloche lointaine
je me suis réfugié dans ma propre hémorragie
pour y définir à nouveau mon image
ô Ahmad l’Arabe !
je n’ai pas lavé mon sang dans le pain de l’ennemi
pourtant les routes proches lointaines
ont fui sous mes pas
chaque fois que j’ai apprivoisé une ville
elle m’a jeté ma valise à la figure
et je me suis réfugié sur le trottoir du rêve et de la poésie
ô combien ai-je marché vers mon rêve
devancé par des poignards
ô rêve et ville de Rome !

Tu es beau dans ton exil
et assassiné à Rome
et Haïfa
Ahmad est la montée du Carmel
l'origine de la rosée, le thym de chez soi
et la maison.
Ne le volez pas aux hirondelles
ne l’enlevez pas à la rosée
des yeux ont écrit son oraison funèbre
abandonnant mon cœur à l’écho
ne le volez pas à l’éternité
et ne dispersez pas ses cendres sur la Croix
il est la carte et le corps
et le feu qui brûle les rossignols
ne le volez pas aux pigeons
ne l’envoyez pas au devoir
ne faîtes pas de son sang une décoration
car il est la violette sertie dans son propre velours
… Avançant vers la guérison du rêve
il voit des banalités prendre forme de poire
les pays se détruire dans les bureaux
et les chevaux se débarrasser de leurs valises
tandis que transpirent les galets.
J’embrasse le silence de ce sel
je rends le discours du citron au citron
j’allume un cierge pour les fleurs
et pour le poisson séché
à partir de ma blessure ouverte,
les galets ont une transpiration et des miroirs
le bûcheron a un cœur de colombe.
Je t’oublie parfois pour que m’oublient
les agents de la sécurité
ô ma femme si belle,
toi qui coupes le cœur et l’oignon tendre
et t’en vas auprès de la violette
souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains.
Sur le chemin de la guérison du rêve
les chaises sont prises entre mes arbres et ton ombre …
Ils s’abattent sur ta blessure
comme des mouches saisonnières
et y disparaissent comme des voyeurs
souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains !
Mes efforts vont aux papillons
les rochers sont mes messages sur terre :
Troie n’est pas mon lieu
Massada n’est pas mon temps
je m’élève de la sécheresse du pain
et de l’eau réquisitionnée
du cheval perdu sur le chemin de l’aéroport
et de l’air de la mer, je m’élève
des éclats d’obus auxquels mon corps s’est accoutumé
je m’élève des yeux de ceux qui arrivent
et des couchers de soleil sur la plaine
je m’élève des caisses de légumes
et de la force des choses, je m’élève …
j’appartiens au ciel original et aux pauvres des ruelles
qui chantent
qui résistent
et qui tiennent
et qui tiennent

Le camp formait le corps d’Ahmad
Damas formait les paupières d’Ahmad
le Héjaz formait l’ombre d’Ahmad
le Siège est devenu le passage d’Ahmad
au-dessus des cœurs de millions de prisonniers
le Siège est devenu l’assaut d’Ahmad
et la mer sa dernière balle !
ô la taille du vent
ô la douce semaine !
ô nom des yeux ô écho de marbre
ô Ahmad qui est né de la pierre et du thym !
Tu diras : non
tu diras : non
ma peau est l’habit du paysan qui viendra des champs de tabac abolir les capitales
tu dis : non
mon corps est le manifeste des ouvriers des industries légères
des répétitions … et des épopées vers la conquête de l’étape
et tu dis : non
ô corps marqué par les flancs des montagnes
et des soleils à venir !
et du dis : non
ô corps qui épouse les vagues au-dessus de la guillotine
et tu dis : non
et tu dis : non
et tu dis : non

tu meurs près de mon sang et revis dans la farine
nous avons créé le jasmin
pour que le visage de la mort disparaisse de nos mots
va loin dans les nuages et les plantations
il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant …
jette-toi dans le courant de la mort qui nous entraîne
pour que nous tombions malades de la patrie simple et
du jasmin probable
va vers ton sang qui est prêt à se répandre
va vers mon sang unifié à ton siège
il n’y a pas de temps pour l’exil …
ni pour les belles photos qu’on accroche
sur les murs des avenues
ni pour les funérailles
ni les vœux

Les oiseaux ont écrit leurs oraisons funèbres et m’ont égaré
les champs se sont dénudés et m’ont accueilli
va loin dans mon sang ! va loin dans la farine !
pour que nous tombions malades de la patrie simple et
du jasmin probable
ô Ahmad le quotidien !
ô nom de ceux qui sont à la recherche de la rosée
et de la simplicité des noms
ô nom de l’orange
ô Ahmad l’ordinaire !
comment as-tu effacé la différence verbale
entre le rocher et la pomme
entre le fusil et la gazelle ?
il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant
Nous irons dans le Siège jusqu’à la fin des capitales
va en profondeur dans mon sang
deviens des échelles
ô Ahmad l’Arabe … résiste !!
il n’y a pas de temps pour l’exil et ce chant

Nous irons dans le Siège
jusqu'au quai du pain et des vagues
voici mon domaine, le domaine de la patrie immuable :
la mort devant le rêve où un rêve se meurt sur les slogans
va en profondeur dans mon sang
et va en profondeur dans la farine
pour que nous attrapions la maladie de la patrie simple
et du jasmin probable

il a les détours de l’automne
il a les testaments de l’orange
il a les poèmes des blessures
il a les rides des montagnes
il a les applaudissements
il a les noces
il a les magazines illustrés
il a les oraisons réconfortantes
les affiches
le drapeau
les progrès