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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) IL NOUS MANQUAIT UN PRESENT Partons tels que nous sommes : Une dame libre Et son ami fidèle. Partons ensemble dans deux chemins. Partons tels que nous sommes, unis Et séparés. Rien ne nous fait mal, Ni le divorce des colombes Ni le vent autour de l’église … Ou le froid au creux des mains. Les amandiers n’ont pas assez fleuri. Souris et ils fleuriront encore Entre les papillons de tes fossettes. Sous peu nous aurons un autre présent. Retourne-toi, tu ne verras Qu’exil, derrière toi : Ta chambre à coucher, Le saule de la place, Le fleuve derrière les immeubles de verre Et le café de nos rendez-vous … tous, tous Prêts à se muer en exil. Soyons donc bons ! (…) Partons, tels que nous sommes : Une femme libre Et son ami fidèle Partons tels que nous sommes. De Babylone, nous sommes venus Avec le vent Et vers Babylone, nous marchons … Mon voyage n’était pas suffisant Pour que, sur ma trace, les pins Se changent en mots de louanges du lieu méridional. Nous sommes bons ici. Vent du nord, Notre vent, et méridionales, les chansons. Suis-je une autre toi ? Et toi, un autre moi ? Ce n’est pas mon chemin à la terre de ma liberté, Mon chemin à mon corps Et moi, je ne serai pas moi à deux fois Maintenant que mon passé a pris la place de mon lendemain, Que je me suis scindée en deux femmes. Je ne suis ni orientale Ni occidentale Et je ne suis pas un olivier qui a ombragé deux versets. Partons donc. " Pas de solutions collectives aux obsessions personnelles. " Il ne suffisait pas d’être ensemble Pour être ensemble … Il nous manquait un présent pour voir Où nous étions. Partons tels que nous sommes, Une femme libre Et son vieil ami. Partons ensemble dans deux chemins. Partons ensemble Et soyons bons … CIEL BAS C’est un amour qui va sur ses pieds de soie, Heureux de son exil dans les rues. Un amour petit et pauvre que mouille une pluie de passage Et il déborde sur les passants : Mes présents sont plus abondants que moi. Mangez mon blé, Buvez mon vin, Car mon ciel repose sur mes épaules et ma terre vous appartient … As-tu humé le sang du jasmin indivis Et pensé à moi ? Attendu en ma compagnie un oiseau à la queue verte Et qui n’a pas de nom ? C’est un amour pauvre qui fixe le fleuve Et il s’abandonne aux évocations : Où cours-tu ainsi, Jument de l’eau ? Sous peu, la mer t’absorbera. Va lentement vers ta mort choisie, Jument de l’eau ! (…) C’est un amour qui passe par nous Sans que nous y prenions garde. Et il ne sait et nous ne savons Pourquoi une rose dans un vieux mur nous disperse, Pourquoi une jeune fille en pleurs à l’arrêt d’un bus, Croque une pomme et pleure encore et rit : Ce n’est rien, rien qu’une Abeille qui vient de traverser mon sang … C’est un amour pauvre qui contemple Longtemps les passants et prend Le plus jeune pour lune : Tu as besoin D’un ciel moins élevé. Sois mon ami et tu pourras contenir L’égoïsme de deux êtres qui ne savent A qui offrir leurs fleurs … Il parlait peut-être de moi, peut-être De nous, mais nous ne le savions pas. C’est un amour …
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) DEUX FAONS JUMEAUX Au soir, sur les taches de lumière entre tes Seins, hier et demain s’approchent de moi. J’ai été créé ainsi qu’il convient au poème d’exister … La nuit naît sous ta couverture et l’ombre Est perplexe ici et là-bas, Entre tes rives et les mots qui nous ont ramenés à leur timbre : " J’ai posé ma droite sur ta chevelure, Ma gauche sur les deux faons jumeaux d’une biche Et nous avons marché vers notre nuit particulière … " Es-tu réellement là ? Suis-je plutôt Un amant précédent venu aux nouvelles de son passé ? Dors sur ton âme paisible entre Les fleurs des draps. Dors, une main posée sur ma poitrine Et l’autre sur le duvet qui poussera aux petits Des mouettes. Dors ainsi qu’il convient au jardin Alentour, de dormir … Nous nous sommes emplis d’un hier, Emplis de l’obsession d’une guitare qui n’a pas de lit. Cette … passion qui déchire les pétales de roses Epars autour de l’enclos. Dors Sur ma respiration, souffle second, avant qu’hier N’ouvre ma fenêtre sur ses deux battants. Je n’ai pas d’oiseau National ni d’arbres nationaux ni de fleur Dans le jardin de ton exil. Mais – et mon vin Voyage comme moi – je partagerai avec toi hier et demain. Sans toi, sans la bruine qui scintille dans les taches De lumière entre tes seins, ma langue aurait dévié De sa féminité. O combien, moi et ta mère la poésie Et tes deux petits, nous sommeillons sur les faons jumeaux d’une biche ! JE N’AI ATTENDU PERSONNE Je saurai, quoique tu partes avec le vent, comment Te ramener. Je sais d’où vient ton lointain. Pars donc ainsi que les souvenirs vers leur puits Eternel, tu n’y trouveras pas la Sumérienne portant une jarre Pour l’écho et t’attendant. Quant à moi, je saurai comment te ramener. Pars donc derrière les flûtes des vieux peuples de la mer et La caravane du sel dans son périple infini. Et pars, Ton chant s’échappe de moi, de toi et de mon temps. Il cherche un nouveau cheval qui fasse danser sa cadence Libre. Tu ne trouveras pas l’impossible assis t’attendant, comme au jour où Je t’ai trouvé, où je t’ai enfanté de mon désir. Quant à moi, je saurai comment te ramener. Et j’irai avec le fleuve d’un destin à Un autre, car la lune est prête pour te déraciner De ma lune et sur mes arbres, les paroles dernières sont prêtes A tomber place du Trocadéro. Retourne-toi Pour trouver le rêve et pars Dans n’importe quel orient ou occident qui te lestent encore d’exil Et m’éloignent d’un pas de mon lit et de l’un Des ciels de mon âme triste. La fin Est sœur du commencement. Pars et tu trouveras ce que tu as laissé Ici, t’attendant. Je ne t’ai pas attendu et je n’ai attendu personne. Mais je devais, comme toutes les femmes solitaires Dans leurs nuits, coiffer mes cheveux Lentement, gérer mes affaires, briser Sur le marbre, le flacon d’eau de Cologne et interdire à mon âme De s’occuper d’elle-même, l’hiver. Comme si je lui disais : Réchauffe-moi Et je te réchaufferai, ô mon épouse, et prends soin de tes mains. Que leur importe la descente du ciel sur terre Ou le voyage de la terre au ciel ? Prends soin de tes mains, qu’elles te portent – tes mains sont tes maîtresses, disait Eluard … – Pars Je te veux et ne te veux point Je ne t’ai pas attendu, je n’ai attendu personne Mais je devais verser le vin Dans deux coupes brisées et interdire à mon âme De s’occuper d’elle-même en t’attendant !
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) JE VOIS MON OMBRE QUI S’AVANCE DE LOIN Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux J’ouvre sur mes amis qui apportent le courrier du soir Du pain, du vin, quelques romans Et, des microsillons J’ouvre sur des mouettes et des camions de soldats Qui changent les arbres de ce lieu J’ouvre sur le chien de mon voisin émigré Il y a un an et demi, du Canada J’ouvre sur Abou al-Tayyib al-Mutanabbi Parti de Tibériade vers l’Egypte Sur le cheval du chant J’ouvre sur la rose de Perse qui grimpe La clôture de fer Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sue ce que je veux (…) J’ouvre sur ma langue après deux jours Un peu d’absence suffit Et Eschyle ouvrira la porte à la paix Un bref discours Et Antoine embrasera la guerre Et me suffit La main d’une femme dans la mienne Pour que j’enlace ma liberté Et que le sac et le ressac reprennent dans mon corps Ainsi qu’une fenêtre, j’ouvre sur ce que je veux J’ouvre sur mon ombre Qui s’avance De Loin LA NUIT DU HIBOU C’est un présent que le passé ne rejoint pas Arrivés à la limite des arbres, nous avons réalisé que nous n’étions plus capables d’attention Et nous retournant vers les camions, nous avons vu l’absence Empiler ses objets choisis et dresser Sa tente éternelle autour de nous C’est un présent que le passé ne rejoint pas Le fil de soie coule des mûriers Lettres sur le cahier de la nuit. Seuls Les papillons éclairent notre hardiesse à descendre dans la fosse des mots étranges Cet homme de peine était-il mon père ? Je parviendrai peut-être à me tirer d’affaire A naître de moi-même A choisir pour mon nom des lettres verticales (…) C’est un présent qui passe Ici, les étrangers ont suspendu leurs fusils aux branches d’un olivier Apprêté un dîner rapide de boîtes métalliques Puis ils se sont élancés vers les camions L’ÉTERNITÉ DU FIGUIER DE BARBARIE - Où me mènes-tu père ? - En direction du vent, mon enfant A la sortie de la plaine où les soldats de Bonaparte édifièrent une butte Pour épier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D’Acre Un père dit à son fils : N’aie pas peur N’aie pas peur du sifflement des balles Adhère à la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons Gravirons une montagne au nord, et rentrerons Lorsque les soldats reviendront à leurs parents au lointain - Qui habitera notre maison après nous, père ? - Elle restera telle que nous l’avons laissée mon enfant Il palpa sa clé comme s’il palpait ses membres et s’apaisa Franchissant une barrière de ronces, il dit Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifièrent ton père deux nuits durant sur les épines d’un figuier de Barbarie Mais jamais ton père n’avoua. Tu grandiras Et raconteras à ceux qui hériteront des fusils Le dit du sang versé sur le fer - Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? - Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants L’éternité ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit Les loups des landes aboient à une lune apeurée Et un père dit à son fils Sois fort comme ton grand-père Grimpe à mes côtés la dernière colline des chênes Et souviens-toi. Ici le janissaire est tombé de sa mule de guerre Tiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous - Quand donc, mon père ? - Dans un jour ou deux, mon fils Derrière eux, un lendemain étourdi mâchait le vent dans les longues nuits hivernales Et les hommes de Josué bin Noun édifiaient leur citadelle Des pierres de leur maison Haletants sur la route du Cana, il dit : Ici Passa un jour Notre Seigneur. Ici Il changea l’eau en vin puis parla longuement de l’amour Souviens-toi des châteaux croisés Anéantis par l’herbe d’avril, après le départ des soldats
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) TELLE LA LETTRE NOUN DANS LA SOURATE DU RAHMN Dans l’oliveraie, à l’est des sources Mon grand-père s’est replié sur son ombre abandonnée Aucune herbe légendaire n’y a poussé Et le nuage des lilas Ne s’est pas répandu sur la scène La terre est vêtement brodé à l’aiguille du sumac dans son rêve brisé Mon grand-père a bondi de son sommeil Pour arracher les mauvaises herbes de sa vigne Ensevelie sous la rue noire Il m’a enseigné le Coran dans le jardin de myrte, à l’est du puits D’Adam nous venons et d’Eve Dans l’Eden de l’oubli Grand-père ! Je suis le dernier des vivants dans le désert. Montons Entourant son nom nu de gardiens La mer et le désert ne connaissaient Ni mon grand-père, ni ses fils Debout désormais, autour du noun Dans la sourate de Rahman Dieu, sois témoin ! Quant à lui Né de lui-même Enterré en lui-même près du feu Qu’il donne au griffon de qu’il faut de secret consumé Pour illuminer le temple DISPOSITONS POÉTIQUES Les étoiles n’avaient qu’un rôle : M’apprendre à lire J’ai une langue dans le ciel Et sur terre, j’ai une langue Qui suis-je ? Qui suis-je ? Je ne veux pas répondre ici Une étoile pourrait tomber sur son image La forêt des châtaigniers, me porter de nuit Vers la voie lactée, et dire Tu vas demeurer là Le poème est en haut, et il peut M’enseigner ce qu’il désire Ouvrir la fenêtre par exemple Gérer ma maison entre les légendes Et il peut m’épouser. Un temps Et mon père est en bas Il porte un olivier vieux de mille ans Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident Il se reposer peut-être des conquérants Se penche légèrement sur moi Et me cueille des iris Le poème s’éloigne Il pénètre un port de marins qui aiment le vin Ils ne reviennent jamais à une femme Et ne gardent regrets, ni nostalgie Pour quoi que ce soit Je ne suis pas encore mort d’amour Mais une mère qui voit le regard de son fils Dans les œillets, craint qu’il ne blessent le vase Puis elle pleure pour conjurer l’accident Et me soustraire aux périls Que je vive, ici là Le poème est dans l’entre-deux Et il peut, des seins d’une jeune fille, éclairer les nuits D’une pomme, éclairer deux corps Et par le cri d’un gardénia Restituer une patrie Le poème est entre mes mains, et il peut Gérer les légendes par le travail manuel Mais j’ai égaré mon âme Lorsque j’ai trouvé le poème Et je lui ai demandé Qui suis-je ? Qui suis-je ?
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) ET LA TERRE SE TRANSMET COMME LA LANGUE Ils sont rentrés Au terme du long tunnel à leurs miroirs, et rentrés Quand solitaires ou rassemblés, ont retrouvé le sel de leurs frères et délaissé Les légendes de la défense des places pour l’ordinaire des mots Ils ne lèveront plus s’ils veulent, mains ou bannières aux miracles Ils sont rentrés célébrer l’eau de leur existence, et ordonner cet éther Marier leurs fils à leurs filles, faire danser un corps dans le marbre estompé Suspendre à leurs plafonds tresses d’oignons, cornes grecques et ail pour l’hiver Traire les pis de leurs chèvres et nuages qui ont coulé des livrées des colombes Ils sont rentrés aux confins de leur obsession, à la géographie de la magie divine Au tapis de feuilles de bananier dans la terre des tracés anciens Le dernier train s’est arrêté Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole. Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu. Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne dans la cohue. Le dernier train s’est arrêté au dernier quai, et personne Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs de la pénombre Où laisserai-je ma dernière description de ce qui m’est advenu comme corps ? Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ? Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes se sont envolées, envolées Le dernier train s’est arrêté au dernier quai … et personne. Quand les martyrs vont dormir Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges funèbres. Je leur souhaite " bonne patrie ", de nuages et d’arbres, de mirages et d’eau. Je les félicite d’avoir échappé à l’accident de l’impossible, à la plus-value de la boucherie. Je vole du temps afin qu’ils me volent au temps. Sommes-nous tous des martyrs ? Et je murmure : ô mes amis, laissez un seul mur pour les cordes à linge, une nuit pour les chansons. Je suspendrai vos noms où bon vous semble, mais dormez un peu, dormez sur l’échelle de la vigne acide. Que je protège vos rêves des poignards de vos gardiens et du revirement du Livre contre les prophètes. Soyez l’hymne de celui qui n’a pas d’hymne lorsque vous irez dormir ce soir. Je vous souhaite " bonne patrie " montée sur un coursier au galop Et je murmure : ô mes amis, vous ne serez pas comme nous : corde d’une obscure potence ! Pour la première fois, il voit la mer Pour la première fois, il voit la mer, de l’intérieur Notre bateau transporte la terre ferme, lui cherchant des havres. Nous défendions le devoir des mots et le talon d’Achille. Nous poursuivions ce périple vers le commencement. Qui arrêtera la mer pour que nous trouvions le commencement sur son rivage ? Le romancier d’entre nous tirait le bateau en arrière, voulant retourner à la voix de Beyrouth : ne partez pas ! Il écrivait un nouveau chapitre sur les miracle, et son meurtrier. Et, quand il eut fini de le rédiger, les héros de son histoire se sont mis à jouer. Ils ont pissé sur lui, pissé sur Babel Pour qu’il voie la mer, de l’intérieur, Et porte le fardeau de la parole sur ses épaules. BLOCUS POUR PANÉGYRIQUES DE LA MER S’envolent les colombes S’envolent les colombes Se posent les colombes Prépare-moi la terre, que je me repose Car je t’aime jusqu’à l’épuisement Ton matin est un fruit offert aux chansons Et ce soir est d’or Nous nous appartenons lorsque l’ombre rejoint son ombre dans le marbre Je ressemble à moi-même lorsque je me suspends Au cou qui ne s’abandonne qu’aux étreintes des nuages Tu es l’air se dénudant devant moi comme les larmes du raisin L’origine de l’espèce des vagues quand elles s’agrippent au rivage Et s’expatrient Je t’aime, toi le commencement de mon âme, toi la fin S’envolent les colombes Se posent les colombes Mon aimé et moi sommes deux voix en une seule lèvre Moi, j’appartiens à mon aimé et mon aimé est à son étoile errante Nous entrons dans le rêve mais il s’attarde pour se dérober à notre vue Et quand mon aimé s’endort je me réveille pour protéger la rêve de ce qu’il voit J’éloigne de lui les nuits qui ont passé avant notre rencontre De mes propres mains je choisis nos jours Comme il m’a choisi la rose de la table Dors, ô mon aimé Que la voix des murs monte à mes genoux Dors, mon aimé Que je descende en toi et sauve ton rêve d’une épine envieuse Dors, mon aimé Sur toi les tresses de ma chevelure. Sur toi la paix J’ai vu le pont L’Andalousie de l’amour et du sixième sens Sur une larme désespérée Elle lui a remis son cœur Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas Il me coûte mon amour Puis la lune s’est endormie Sur une bague qui se brisait Et les colombes se sont envolées L’obscurité s’est posée Sur le pont et les amants S’envolent les colombes S’envolent les colombes
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) Passants parmi des paroles passagères 1. Vous qui passez parmi les paroles passagères portez vos noms et partez Retirez vos heures de notre temps, partez Extorquez ce que vous voulez du bleu du ciel et du sable de la mémoire Prenez les photos que vous voulez, pour savoir que vous ne saurez pas comment les pierres de notre terre bâtissent le toit du ciel 2. Vous qui passez parmi les paroles passagères Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie Mais le ciel et l’air sont les mêmes pour vous et pour nous Alors prenez votre lot de notre sang, et partez allez dîner, festoyer et danser, puis partez A nous de garder les roses des martyrs à nous de vivre comme nous le voulons. 3. Vous qui passez parmi les paroles passagères comme la poussière amère, passez où vous voulez mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants Nous avons à faire dans notre terre nous avons à cultiver le blé à l’abreuver de la rosée de nos corps Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici pierres et perdrix Alors, portez le passé, si vous le voulez au marché des antiquités et restituez le squelette à la huppe sur un plateau de porcelaine Nous avons ce qui ne vous agrée pas nous avons l’avenir et nous avons à faire dans notre pays 4. Vous qui passez parmi les paroles passagères entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or ou au battement musical du revolver Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez Nous avons ce qui n’est pas à vous : une patrie qui saigne, un peuple qui saigne une patrie utile à l’oubli et au souvenir 5. Vous qui passez parmi les paroles passagères il est temps que vous partiez et que vous vous fixiez où bon vous semble mais ne vous fixez pas parmi nous Il est temps que vous partiez que vous mouriez où bon vous semble mais ne mourez pas parmi nous Nous avons à faire dans notre terre ici, nous avons le passé la voix inaugurale de la vie et nous y avons le présent, le présent et l’avenir nous y avons l’ici-bas et l’au-delà Alors, sortez de notre terre de notre terre ferme, de notre mer de notre blé, de notre sel, de notre blessure de toute chose, sortez des souvenirs de la mémoire ô vous qui passez parmi les paroles passagères UN AMOUREUX DE PALESTINE (1966) A ma mère je me languis du pain de ma père du café de ma mère des caresses de ma mère jour après jour l’enfance grandit en moi j’aime mon âge car si je meurs j’aurai honte des larmes de ma mère si un jour je reviens fais de moi un pendentif à tes cils recouvre mes os avec de l’herbe qui se sera purifiée à l’eau bénite de tes chevilles attache moi avec une natte de tes cheveux avec un fil de la traîne de ta robe peut-être deviendrai-je un dieu oui un dieu si je parviens à toucher le fond de ton cœur si je reviens mets-moi ainsi qu’une brassée de bois dans ton four fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison car je ne peux plus me lever quand tu ne fais pas ta prière du jour j’ai vieilli rends-moi la constellation de l’enfance que je puisse emprunter avec les petits oiseaux la voie du retour au nid de ton attente FIN DE LA NUIT (1967) L’Impossible je meurs d’espoir d’embrasement je meurs Je meurs pendu égorgé je meurs mais je ne dis point : Notre amour est fini et mort Non notre amour est impérissable
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) LES OISEAUX MEURENT EN GALILEE (1970) Pluie douce en un automne lointain pluie douce en un automne lointain les oiseaux sont bleus, bleus la terre en fête Ne dis pas : Je suis un nuage suspendu sur le port car je ne veux de mon pays tombé de la fenêtre du train que le mouchoir brodé de ma mère et les raisons d’une mort nouvelle pluie douce en un automne étrange les fenêtres sont blanches, blanches le soleil, un verger vespéral et moi je suis une orange spoliée Pourquoi donc t’évades-tu de mon corps alors que je ne veux du pays des couteaux et du rossignol que le mouchoir brodé de ma mère et les raisons d’une mort nouvelle ? pluie douce en un automne triste les rendez-vous sont verts, verts et le soleil argile Ne dis pas : Nous t’avons vu quand le jasmin fut piétiné vendant la mort et les calmants ma face était nuit ma mort un embryon et moi je ne veux de mon pays qui a oublié le langage des absents que le mouchoir brodé de ma mère et les raisons d’une mort nouvelle pluie douce en un automne lointain les oiseaux sont bleus, bleus la terre en fête les oiseaux se sont envolés vers un temps irrévocables veux-tu malgré tout connaître mon pays et ce qui nous unit ? - mon pays est une jouissance dans les chaînes - mon baiser fut envoyé par le courrier et je ne veux de mon pays qui m’a tranché la gorge que le mouchoir brodé de ma mère et les raisons d’une mort nouvelle - - - - Les oiseaux meurent en Galilée - nous nous verrons tout à l’heure dans un an deux ans une génération et elle jeta dans son appareil photo vingt jardins et les oiseaux de Galilée puis elle partit chercher, par-delà la mer un nouveau sens à la vérité - ma patrie, une corde à linge pour les broderies du sang versé je me suis étendu sur la plage sables … et palmiers Elle ne le sait pas - O Rita ! Nous t’avons livré, la mort et moi le secret de la joie flétrie au poste de douane et nous nous sommes renouvelés, la mort et moi dans ton front originel et à la fenêtre de ta maison Nous sommes deux faces, la mort et moi Pourquoi fuis-tu mon visage à présent pourquoi fuis-tu ? pourquoi fuis-tu à présent ce qui transforme le blé en cils de la terre, ce qui fait du volcan l’autre face du jasmin pourquoi fuis-tu ? dans la nuit, seul son silence m’épuisait lorsqu’il parvenait jusqu’à la porte comme la rue, comme le vieux quartier Que ta volonté soit faite – ô Rita – que le silence se fasse pioche encadrement d’étoiles ou climat pour la gestation de l’arbre je sirote le baiser à même la lame des couteaux viens, faisons notre adhésion au carnage les nuées d’oiseaux s’abattirent comme des feuilles superflues dans les puits du temps et moi j’arrachais les ailes bleues O Rita je suis la stèle de la tombe qui grandit les chaînes gravent dans ma peau le profil de la patrie Rita, aime-moi Chaque soirée, nous cachons dans Athènes une lune et une chanson. Nous donnons refuge au jasmin les balcons nous ont dit : Ne viendront ni son offrande si ses vœux ni les routes ne deviendront maîtresses de nostalgie dors ! Ici, les limiers sont partout autant que des oliviers, les limiers sont partout lâchés dans Athènes dans mon rêve, je te rejoins en imagination tu t’éloignes de moi tu querelles la terre tu t’illumines telle une aube lyrique alors que mes mains sont dans les fers Mon centhour s’éloigne comme ton corps dans les cantilènes du chanteur Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes fleure le jasmin que meurent les désirs du prisonnier dans mon rêve, les yeux noirs s’élargissent les chaînes tremblent la nuit démissionne le poème fuse porté par son imagination terrienne l’imagination le pousse en avant, en avant avec la violence des ailes de certitude et je te vois, t’éloignant de moi Ah, t’approchant de moi vers de nouvelles divinités et mes mains sont dans les chaînes mais je caresse toujours les cordes de mon centhour lointain je provoque ton corps la Grèce renaît les chansons se répandent les oliviers retrouvent leur verdure ostensiblement, l’éclair traverse mon pays deux amants découvrent l’enfance Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes fleure le jasmin que meurent les tristesses du prisonnier
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) MA BIEN-AIMÉE SE REVEILLE Chroniques de la douleur palestinienne 1. qu’avons-nous besoin du souvenir le Carmel est en nous et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée Ne dis pas : Que ne courions-nous comme un fleuve pour le rejoindre nous sommes dans la chair de notre pays il est en nous 2. nous n’étions pas avant Juin des nouveau-nés c’est pourquoi notre passion ne s’est pas émietté dans les chaînes Cela fait vingt ans, ô ma sœur, que nous n’écrivons pas de poèmes mais que nous combattons 3. cette ombre qui se noie dans tes yeux est un diable divin venu de Juin pour ceindre de soleil tous les fronts C’est le teint d’un martyr le goût d’une prière Elle fait mourir ou ressusciter doux dilemme ! le nuage d’été que la défaite porte sur son dos a suspendu l’engeance des rois sur la corde des mirages Et je suis l’assassiné, le ressuscité dans la nuit du cime Voilà que mes racines s'affermissent dans la terre Voici venir le moment où je dois traduire les paroles en actes Voici venir le moment où je dois prouver mon amour à la terre et aux alouettes En ces temps, la trique massacre la guitare et moi je pâlis dans le miroir depuis qu’un arbre s’est levé derrière moi T’AIMER OU NE PAS T’AIMER (1972) Encore une fois encore une fois les assassins dorment sous ma peau et la potence devient drapeau ou épi dans le ciel de la forêt en flammes l’ombre a détaché ses mains de mon front et nous nous sommes cachés en plein midi encore une fois le militaire passe sous ma peau encore une fois il enterre mes lèvres dans les rides de l’hymne national L’ombre a détaché ses mains de mon front et nous nous sommes cachés en plein midi encore une fois les martyrs s’échappent des chansons des poètes encore une fois nous sommes descendus de nos croix et nous n’avons trouvé nulle terre et nous n’avons aperçu nul ciel L’ombre a détaché ses mains de mon front et nous nous sommes cachés en plein midi encore une fois nous nous sommes unis l’assassin, moi et la mort recommencée ma liberté est devenue un fardeau à mon cœur ses yeux sous l’exil et la patrie encore une fois l’eau se perd dans les nuages et nous sommes appelés au Jihad ! l’ombre a détaché ses mains de mon front et nous nous sommes cachés en plein midi En plein midi ils l’ont tuée à ma place et ne m’ont pas arrêté encore une fois car les assassins sont sous ma peau
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) ESSAI NUMERO 7 La sortie du littoral méditerranéen 1. torrent d’arbres dans ma poitrine me voici, me voici marchez dans les artères de mon bras vous parviendrez Gaza ne célèbre pas la prière lorsque les blessures s'illuminent au-dessus de ses minarets le matin se déplace vers ses ports et le trépas y mûrit me voici, me voici mon cœur est potable, buvez marchez dans les artères de mon bras vous parviendrez Gaza ne vend pas les oranges, son sang en conserve je fuyais ses rues écrivais avec son nom ma mort sur un sycomore elle devenait une dame, me concevait, futur homme libre louange à celle qui a ramené mes jugulaires à ses mains me voici, me voici Gaza ne célèbre pas la prière je n’ai trouvé personne sur ma blessure, sauf sa petite bouche le littoral méditerranéen a traversé l’éternité 2. ne m’arrêtez pas dans mon hémorragie l’heure de nativité a imité le temps et m’a essayé j’étais difficile. Elle m’a essayé j’étais peuple. Elle m’a essayé une fois encore je vois une rangée de martyrs s’élancer vers moi, puis se cacher dans ma poitrine et prendre feu le temps ne les a pas massacrés, mon cadavre est illimité. Mais je sens comme si toutes les batailles des Arabes avaient pris fin dans mon cadavre, j’aurais voulu que les jours se déchirent dans ma chair et que le temps me tourne le dos pour que les martyrs s’apaisent dans ma poitrine et se réconcilient il y a encore de le place pour eux, mon cadavre est illimité, mais le Califat a fortifié les murailles de la ville par la défaite, et la défaite a donné un deuxième souffle au Califat ne m’arrêtez pas dans mon hémorragie l’heure de nativité a imité le temps et m’a essayé j’étais difficile. Elle m’a essayé une fois encore je vois une rangée de martyrs s’élancer vers moi personne ! (…) 9. A Gaza, le temps divergea d’avec l’espace et les poissonniers ont vendu l’unique occasion de l’espoir afin de me laver les pieds où est Marie-Madeleine ? ses doigts ont fondu avec le savon et s’écoulèrent comme écritures les soldats pavoisaient, pavoisaient récitaient sa prière fouaillaient les ongles des pieds et des mains à la recherche d’une joie fedayi ils reliaient sa vie aux larmes d’Agar. Le désert était assis sur ma peau. Et la première larme sur terre fut une larme arabe. Vous souvient-il des larmes d’Agar – La première femme à pleurer lors d’un exode interminable O Agar, réjouis-toi de mon nouvel exode je me dresse depuis la pénombre du caveau jusqu’aux étoiles les martyrs habitent ma poitrine affranchie je soulève à bout de bras les tombes et le littoral méditerranéen réjouis-toi de mon nouvel exode Le poème de la terre 1. au mois de mars, en l’an du soulèvement, la terre nous révéla ses secrets sanglants. Au mois de mars, cinq filles passèrent devant les violettes et le fusil. Elles s’arrêtèrent devant la porte d’une école et s’enflammèrent ainsi que les roses et le thym du terroir. Elles inaugurèrent le chant de la terre. Elles entrèrent dans l’étreinte ultime – Mars vient sur terre du ventre de la terre et de la danse des filles – Les violettes se penchèrent légèrement pour laisser passer la voix des filles. Les oiseaux tendirent leurs becs en direction du chant et de mon cœur je suis la terre tu es la terre Khadija !Ne ferme pas ta porte ne rentre pas dans l’absence nous les chasserons du pot de fleurs et de la corde à linge nous les chasserons des pierres de ce chemin si long nous les chasserons de l’air de la Galilée Au mois de mars, cinq filles passèrent devant les violettes et le fusil. Elle s’écroulèrent devant la porte d’une école. Sur les doigts, la craie prit une couleur d’oiseau. Au mois de mars, la terre nous révéla ses secrets sanglants je bouleverse les appellations la terre devient : prolongements de mon âme mes mains : qui des blessures les cailloux : ailes les oiseaux : amandes et figues mes côtes deviennent arbres j’arrache une banche du figuier de ma poitrine et je la lance comme une pierre sur le char des conquérants je suis l’espoir facile et hospitalier, m’a dit la terre, l’herbe ressemblait à un salut au moment de l’aube Ceci est la promesse d’une nouvelle vie derrière Khadija. Ils ne m’ont pas semé pour me moissonner l'air de la Galilée veut parler de moi, il s’assoupit chez Khadija. La gazelle de Galilée veut détruire aujourd’hui ma prison, elle surveille l’ombre de Khadija alors qu’elle se penche sur son feu O Khadija ! J’ai vu, et j’ai cru en mes visions. Elle m’emporte vers son large et m’emporte dans sa passion. Je suis l’amant éternel – l’évident prisonnier. Les orangers adaptent ma verdure et deviennent l’obsession de Jaffa Depuis que j’ai connu Khadija, je suis la terre ils ne me connaissent pas pour pouvoir me tuer les plantes de Galilée peuvent croître entre mes doigts et dessiner ce lieu écartelé entre mon ardeur et l’amour de Khadija Ceci est la promesse d’une nouvelle vie depuis mars jusqu'à la disparition de l’air sur terre Cette glèbe est ma glèbe ces nuages sont mes nuages et ceci est le front de Khadija Je suis l’amant éternel – l’évident prisonnier l’odeur de la terre me réveille au petit jour mes chaînes de métal la réveillent tôt le soir Ceci est la promesse d’une nouvelle vie Les partants vers la vie ne se préoccupent pas de leur âge ils se préoccupent de la terre : s’est-elle levée mon enfant la terre ? t’ont-ils connue pour pouvoir t’égorger ? t’ont-ils entravée, avec nos rêves pour que tu descendes rejoindre nos rêves en hiver ? t’ont-ils connue pour pouvoir t’égorger ? t’ont-ils entravée avec leurs fantasmes pour que tu te hisses jusqu’à nos rêves de printemps ? Je suis la terre … O vous qui êtes en quête du grain de blé dans son berceau labourez mon corps Vous qui allez à la montagne du feu passez sur mon corps Vous qui allez au rocher de Jérusalem passez sur mon corps O vous qui passez sur mon corps vous ne passerez pas je suis la terre dans un corps vous ne passerez pas je suis la terre qui s’éveille vous ne passerez pas je suis la terre. O passagers sur la terre qui s’éveille vous ne passerez pas vous ne passerez pas vous ne passerez pas LES SOUTERRAINS (1978) poursuis donc ton chant en mon nom. Ai-je eu à choisir ma génitrice et ta voix Désert désert et que la terre soit plus ample que sa forme ovale. Ces pigeons étrangers sont d’étranges pigeons. Ne doute pas de mon voyage éclair à Cordoue, de ma séparation d’avec les sables et les poètes anciens, d’avec l’arbre qui n’a point été femme le commencement n’est pas le commencement. Mais la dernière fumée est nôtre " et les rois quand ils entrent dans une cité la corrompent " ne pleure pas le mur qui s’effondre, ô compagnon ne doute pas de mon voyage éclair à Cordoue et poursuis ton chant en mon nom. Ai-je eu à choisir ma génitrice et ta voix ? Désert désert facile et difficile la sortie des pigeons du mur linguistique, comment nous rendrons-nous à la petite place aux orangers ? Comment resterons-nous dans le souterrain face au poème ? Désert désert traverser la rue qui explose j’échappais à la mort - Et je ne triomphais pas ! - Et je marcherai - Où donc, ô mon compagnon ? - Là où les pigeons se sont envolés, là où le blé a applaudi pour soutenir l’espace avec un épi dans l’attente alors poursuis ton chant en mon nom et ne pleure pas, ami, la corde de guitare perdue dans les souterrains Ce n’est qu’une simple chanson une simple chanson !
__________________ je ne m'appartiens pas... Mahmoud Darwich |
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) BEYROUTH (1981) Le poème de Beyrouth Une pomme à la mer. Narcisse de marbre. Papillon de pierre. Beyrouth. La forme de l’âme dans le miroir description de la première femme, parfum de nuages Beyrouth de fatigue et d’or, d’Andalousie et de Syrie argent natif. Ecume. Testament de la terre dans le plumage des colombes. Mort d’un épi. Errance d’une étoile entre moi et Beyrouth mon amour. Jamais auparavant je n’ai entendu mon sang prononcer le nom d’une amante profondément endormie sur mon sang dans l’orage sur la mer, nos avons découvert le Nom, dans le goût de l’automne et des oranges des émigrants du Sud. Pareils à nos ancêtres, nous venons à Beyrouth pour venir à Beyrouth d’une pluie, nous avons construit une baraque, si le vent ne court pas, nous ne courons pas, comme un clou planté dans l’argile, le vent creuse notre cave, nous nous serrons ainsi que des fourmis dans la petite cave comme si nous chantions subrepticement : Beyrouth est notre tente Beyrouth est notre étoile une bombe passe. Nous entrons dans un bar à l’hôtel Commodore - J’aime beaucoup le mutisme de Rimbaud ou ses lettres inspirées par l’Afrique - J’ai perdu Cavafis - Pourquoi ? - N’abandonne pas Alexandrie pour aller chercher autre chose, m’a-t-il dit - Et j’ai trouvé Kafka endormi sous ma peau C’était comme un cauchemar, le flic est dans notre tête - Libérez-moi de moi-même - Que vois-tu à l’horizon ? - Un autre horizon - Connais-tu tous les tués - Et ceux qui vont naître naîtront sous les arbres naîtront sous la pluie naîtront de la pierre naîtront des éclats naîtront des miroirs naîtront des recoins naîtront des défaites naîtront des bagues naîtront des bourgeons naîtront du commencement naîtront de la légende naîtront sans fin et ils naîtront, grandiront, seront tués puis naîtront, naîtront et naîtront Une pomme à la mer. Femme du sang pétri dans les arcs-en-ciel damier de la parole le reste de l’âme. Rosée en détresse lune fracassée sur le parterre de la pénombre Beyrouth. Hyacinthes tonitruantes de clarté sur le dos des pigeons Nous les arborerons comme un rêve. Nous les arborerons quand nous le voudrons. Nous les mettrons à nos cous Beyrouth lis des ruines premier baiser. Eloge de l’eucalyptus. Manteaux pour la mer et les tués toits sur les étoiles et les tentes poème de la pierre. Collision entre deux alouettes dans une poitrine ciel veuf assis tout pensif sur un rocher fleur audible, Beyrouth. Voix de démarcation entre la victime et le glaive enfant qui a renversé toutes les tables des lois tous les miroirs puis … s’est endormi. RIEN QU’UNE AUTRE ANNÉE (1982) mes amis les survivants d’entre vous me suffisent pour que je vive encore une année il me suffit d’une année rien qu’une autre année pour que j’aime vingt femmes et trente villes une année suffit pour que l’idée se pare des plus beaux atours du lis pour qu’une terre inconnue hante quelque fille avec laquelle je partirai vers quelque mer où elle me livrera sur ses genoux la clé de tous les champs Il me suffit d’une année rien qu’une autre année pour que je vive toute ma vie d’une seule traite en un seul baiser en un seul coup de feu qui abolira mes questions et l’énigme de la confusion des temps Mes amis, ne mourez pas comme vous avez pris l’habitude de mourir je vous en conjure, ne mourez pas accordez-moi une année rien qu’une autre année peut-être pourrions-nous terminer une discussion entamée un voyage entamé peut-être pourrions-nous changer les idées en allant faire quelques pas dans la rue sans contrainte de temps ou de drapeaux Avons-nous trahi quelqu’un pour devoir appeler pays, chaque oiseau écume, chaque terre hors de la blessure pour que des arpèges nous fassent peur ? peut-être pourrions-nous faire éviter à la langue un sens qui n’était pas dans nos intentions un chant que nous ne destinions guère aux devins il me suffit d’une année rien qu’une autre année pour que j’aime vingt femmes et trente villes pour que j’aille vers ma mère éplorée et que je lui crie : Enfante-moi de nouveau pour que je voie la rose depuis son commencement et que j’aime l’amour depuis son commencement jusqu’au terme du chant Il me suffit d’une année rien qu’une autre année pour que je vive toute ma vie d’une seule traite en un seul baiser en un seul coup de feu qui abolira mes questions Une autre année rien qu’une autre année une année !
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| Re : Poèmes de Mahmoud Darwich...( traduits) Ahmad al Arabi Opéra poétique écrit par Mahmoud Darwich Composé et dirigé par Marcel Khalifé depuis vingt ans il pose des questions depuis vingt ans il voyage pendant vingt ans sa mère l’a mis au monde en quelques secondes sous le bananier avant de se retirer … Il réclame une identité … il est frappé par un volcan les nuages ont voyagé et m’ont égaré les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché je suis Ahmad l’Arabe, a-t-il dit je suis la balle l’orange la mémoire j’ai trouvé mon âme près de mon âme je me suis éloigné de la rosée et de la vue sur la mer et moi le pays réincarné je suis le départ continu vers le Pays j’ai trouvé mon âme remplie de mon âme … Ahmad a pris possession de ses côtes et de ses mains Lui le pas … et l’étoile et du Golfe à l’Océan de l’Océan au Golfe ils aiguisaient leurs lames Ahmad l’Arabe est monté pour voir Haïfa et sauter. A deux mains de pierre et de thym je dédie ce chant … à Ahmad l’oublié entre deux papillons les nuages ont passé et m’ont égaré et les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché Descendant de la blessure ancienne … et l’année marquait la séparation de la mer d’avec les villes de cendres … j’étais seul ô seul Et Ahmad était l’exil de la mer entre deux coups de feu le camp grandissait donnant naissance à du thym et à des combattants le bras s’est raffermi dans l’oubli la mémoire s’est exercée dans les trains qui s’en vont sur les quais où il n’y a ni personne ni jasmin la découverte de soi se faisait dans les voitures ou sur la scène de la mer dans la solidarité des nuits de prison dans les courtes liaisons et dans la recherche de la vérité Dans toute chose Ahmad trouvait son contraire … Ahmad est maintenant l’otage la ville s’est dépêchée au devant de ses rues pour venir le tuer et de l’Océan au Golfe et du Golfe à l’Océan ils préparaient ses funérailles et décidaient de la guillotine Moi Ahmad l’Arabe – que soit le Siège ! – mon corps sert de remparts – que soit le Siège ! – je suis la frontière du feu, – que soit le Siège ! – et moi je vous assiège à mon tour, je vous assiège et ma poitrine servira de porte à tous – que soit le Siège ! – Ce chant ne vient pas peindre Ahmad – le bleu foncé dans la tranchée je suis au-delà des souvenirs Aujourd’hui est le jour du soleil et de lys ô enfant éparpillé entre deux fenêtres qui brouillent mes messages, résiste ! toute ressemblance est du sable mais toi tu es bleu. Je compte mes côtes : le Barada s’échappe de mes mains les berges du Nil m’abandonnent au loin je cherche les limites de mes doigts et toutes les capitales sont faites d’écume. Ahmad frotte les heures dans la tranchée Ce chant ne vient pas peindre Ahmad – le – brûlé en bleu C’est Ahmad – le – cosmique dans ce réduit étroit le déchiré le rêveur il est la balle orange la violette de plomb il est l’embrasement décisif d’un début d’après-midi le jour de liberté. ô enfant dédié à la rosée résiste ! ô pays gravé sur mon sang résiste ! maintenant je complète en toi mon chant je rejoins ton siège maintenant je complète en toi ma question je nais de ta poussière vs dans mon cœur tu y trouveras mon peuple devenu peuples multiples dans ton explosion. Egaré dans les détails je me suis fié à l’eau et me suis cassé Faut-il que chaque fois qu’un coing soupire j'oublie les limites de mon cœur et me réfugie dans le siège pour affirmer mon identité ô Ahmad l’Arabe ! L’amour ne m’a jamais menti pourtant chaque fois que le soir est venu je me suis retrouvé englouti dans une cloche lointaine je me suis réfugié dans ma propre hémorragie pour y définir à nouveau mon image ô Ahmad l’Arabe ! je n’ai pas lavé mon sang dans le pain de l’ennemi pourtant les routes proches lointaines ont fui sous mes pas chaque fois que j’ai apprivoisé une ville elle m’a jeté ma valise à la figure et je me suis réfugié sur le trottoir du rêve et de la poésie ô combien ai-je marché vers mon rêve devancé par des poignards ô rêve et ville de Rome ! Tu es beau dans ton exil et assassiné à Rome et Haïfa Ahmad est la montée du Carmel l'origine de la rosée, le thym de chez soi et la maison. Ne le volez pas aux hirondelles ne l’enlevez pas à la rosée des yeux ont écrit son oraison funèbre abandonnant mon cœur à l’écho ne le volez pas à l’éternité et ne dispersez pas ses cendres sur la Croix il est la carte et le corps et le feu qui brûle les rossignols ne le volez pas aux pigeons ne l’envoyez pas au devoir ne faîtes pas de son sang une décoration car il est la violette sertie dans son propre velours … Avançant vers la guérison du rêve il voit des banalités prendre forme de poire les pays se détruire dans les bureaux et les chevaux se débarrasser de leurs valises tandis que transpirent les galets. J’embrasse le silence de ce sel je rends le discours du citron au citron j’allume un cierge pour les fleurs et pour le poisson séché à partir de ma blessure ouverte, les galets ont une transpiration et des miroirs le bûcheron a un cœur de colombe. Je t’oublie parfois pour que m’oublient les agents de la sécurité ô ma femme si belle, toi qui coupes le cœur et l’oignon tendre et t’en vas auprès de la violette souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains. Sur le chemin de la guérison du rêve les chaises sont prises entre mes arbres et ton ombre … Ils s’abattent sur ta blessure comme des mouches saisonnières et y disparaissent comme des voyeurs souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains ! Mes efforts vont aux papillons les rochers sont mes messages sur terre : Troie n’est pas mon lieu Massada n’est pas mon temps je m’élève de la sécheresse du pain et de l’eau réquisitionnée du cheval perdu sur le chemin de l’aéroport et de l’air de la mer, je m’élève des éclats d’obus auxquels mon corps s’est accoutumé je m’élève des yeux de ceux qui arrivent et des couchers de soleil sur la plaine je m’élève des caisses de légumes et de la force des choses, je m’élève … j’appartiens au ciel original et aux pauvres des ruelles qui chantent qui résistent et qui tiennent et qui tiennent Le camp formait le corps d’Ahmad Damas formait les paupières d’Ahmad le Héjaz formait l’ombre d’Ahmad le Siège est devenu le passage d’Ahmad au-dessus des cœurs de millions de prisonniers le Siège est devenu l’assaut d’Ahmad et la mer sa dernière balle ! ô la taille du vent ô la douce semaine ! ô nom des yeux ô écho de marbre ô Ahmad qui est né de la pierre et du thym ! Tu diras : non tu diras : non ma peau est l’habit du paysan qui viendra des champs de tabac abolir les capitales tu dis : non mon corps est le manifeste des ouvriers des industries légères des répétitions … et des épopées vers la conquête de l’étape et tu dis : non ô corps marqué par les flancs des montagnes et des soleils à venir ! et du dis : non ô corps qui épouse les vagues au-dessus de la guillotine et tu dis : non et tu dis : non et tu dis : non tu meurs près de mon sang et revis dans la farine nous avons créé le jasmin pour que le visage de la mort disparaisse de nos mots va loin dans les nuages et les plantations il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant … jette-toi dans le courant de la mort qui nous entraîne pour que nous tombions malades de la patrie simple et du jasmin probable va vers ton sang qui est prêt à se répandre va vers mon sang unifié à ton siège il n’y a pas de temps pour l’exil … ni pour les belles photos qu’on accroche sur les murs des avenues ni pour les funérailles ni les vœux Les oiseaux ont écrit leurs oraisons funèbres et m’ont égaré les champs se sont dénudés et m’ont accueilli va loin dans mon sang ! va loin dans la farine ! pour que nous tombions malades de la patrie simple et du jasmin probable ô Ahmad le quotidien ! ô nom de ceux qui sont à la recherche de la rosée et de la simplicité des noms ô nom de l’orange ô Ahmad l’ordinaire ! comment as-tu effacé la différence verbale entre le rocher et la pomme entre le fusil et la gazelle ? il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant Nous irons dans le Siège jusqu’à la fin des capitales va en profondeur dans mon sang deviens des échelles ô Ahmad l’Arabe … résiste !! il n’y a pas de temps pour l’exil et ce chant Nous irons dans le Siège jusqu'au quai du pain et des vagues voici mon domaine, le domaine de la patrie immuable : la mort devant le rêve où un rêve se meurt sur les slogans va en profondeur dans mon sang et va en profondeur dans la farine pour que nous attrapions la maladie de la patrie simple et du jasmin probable il a les détours de l’automne il a les testaments de l’orange il a les poèmes des blessures il a les rides des montagnes il a les applaudissements il a les noces il a les magazines illustrés il a les oraisons réconfortantes les affiches le drapeau les progrès |