Cet article est paru dans ''L'expression'' du 25/02/2009 cad quelques jours avant le derby de la capitale et j'ai voulu le faire partager avec vous. cet article est réalisé par Raouf Khalsi
Un derby sous haute sécurité. Une logistique sécuritaire imposante sera déployée pour que ce match de championnat se déroule sans incidents majeurs.
Ces derniers jours les autorités ont tenu réunion avec les dirigeants des deux clubs. Pour sa part, la Ligue a fermé les yeux sur certains dépassement de joueurs clubistes et espérantistes, le weekend dernier. La fédération s’est de son côté, abstenue de noyer la poisson. Bref, on craint les ‘’ultras » » comme la peste. Parce que c’est le cas de le dire : à l’instar des clubs italiens, anglais ou français, nos clubs ont leurs ‘’ultras’’ à eux. Les ‘’ultras’’ ce sont des fanatiques qui bougent en groupes, en hordes iconoclastes ; ils instrumentalisent leur ‘’attachement démentiel’’ au club et, là où le bât blesse, les hauts dirigeants des clubs savent qui ils sont, ils communiquent avec eux par des moyens occultes, leur accordent certains privilèges et parfois ils se font même petits devant eux !
Oui, ces ultras sont redoutés. Car les plus violents parmi eux ne sont pas ceux qu’on croit. Tête de skinners, tête de fin de race, tatoués, parés de sortilèges, de fétiches comme les horribles sorciers des tribus, ils ont un ascendant maléfique sur les supporters ; ils fascinent même dans leur hystérie et font peur dans leur furie furieuse.
Par quel silence coupable a-t-on assisté à l’amplification d’un phénomène social dévastateur ? Et qui s’est arrangé quelque part pour que naisse et s’enracine un tel phénomène depuis les années 90, dans les gradins, autour des clubs et dans les mœurs du football ?
A l’époque, la police n’avait guère de difficultés à appréhender les meneurs parce que ceux-ci agissaient généralement seuls, les suivistes occasionnels étaient dès lors facilement ‘’détectables’’ et, en tous les cas, il n’y avait pas encore ce mal vivre social qui fait que les jeunes d’aujourd’hui recherchent une manière de s’affirmer, de prendre leur revanche sur la société avec ses codes moraux et ses chartes du sport.
Aujourd’hui, il s’agit de regroupements de bandes et lâchons le mot, de ‘’groupuscules’’ dont on se doute bien qu’ils servent des intérêts qui ne sont pas forcément ceux de leurs groupes.
Quand les violences s’insinue dans les stades, avec une telle fréquence, quand elle devient ‘’normale’’ ‘’logique’’ ou ‘’banale’’, la pire des réactions consisterait à aller chercher des explications dans ‘’la rivalité entre clubs’’, dans la ‘’casuistique’’ de l’arbitrage, dans le ‘’comportement antisportif des joueurs’’ ou dans des fantasmagories régionalistes. Ce serait simpliste. Car la vérité est ailleurs. Elle est dans les luttes de clans au sein des clubs, dans le besoin qu’ont les supporters de se reconnaître en un président de club fort, puissant, un faiseur de miracles en somme… Car en fait, les clubs ont glissé vers une dangereuse personnification. On scande bien plus, après une victoire, le nom du président que celui de club. Cela veut dire aussi qu’il y a une sérieuse crise institutionnelle dans le monde du sport. Les clubs s’effacent. De puissants hommes ‘’s’entre-tuent’’, et dans cet univers sans codes, sans repères, sans valeurs, dans ce bras de fer entre ’’honorables notables’’ l’affrontement sur le terrain, par ultras interposés, s’explique.
Le week-end dernier, dans la stridence d’un week-end pourtant froid et pluvieux, quelques égarés espérantistes et clubistes ont échangé les ‘’courtoisies’’ jusqu’à saccager des équipements au Parc A et au Parc B, jadis hauts lieux de la sacralité des valeurs, l’extension de deux pôles : Bab Jedid et Bab Souika qui sont beaucoup plus que des ‘’quartiers’’.
Le problème c’est qu’en s’éloignant –géographiquement et mentalement- de ces lieux qui les ont vu naître, ces deux clubs se sont dilués à travers les strates d’un éclatement chromosomique. Quelque part ils se retrouvent à leur tour sans repères ? Quelque peu déracinés. Car ils se sont éloignés de la base affective qui a toujours fait leur berceau.
C’est dans cette cassure que s’installent ces ultras déculturés, embrigadés et manipulés.
Inutile d’essayer d’explorer leurs schémas de pensée, ne de tester sur eux l’expérience de Pavlov : ils ne voient clair que lorsqu’ils voient rouge !


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